Trois adresses au Québec

4/12/2017


J’ai eu un mal fou à digérer le voyage que j’ai fait cet été au Canada. Je crois d’ailleurs qu’une partie des émotions émergées pendant mon séjour continuent à être tamisées à l’intérieur de moi. Un peu comme si elles passaient au travers d’un filtre à café et devenaient un nectar précieux dans lequel je peux puiser de la créativité et du sens. Si vous découvrez mon blog, vous devez vous demander de quoi je parle… Début août 2017, je suis partie, en famille, au Québec où mon père a travaillé et vécu de 1982 jusqu’en 1989, l’année de sa mort. J’y ai passé une partie de mon enfance. J’allais le voir pendant mes vacances scolaires car mes parents étaient séparés. Et puis, un jour de septembre 1989, on m’a annoncé qu’il avait un cancer du cerveau. Il était déjà si malade qu’il n’a pas souhaité que je le voie dans cet état. Il est mort deux mois plus tard. Les rapports entre sa nouvelle épouse et ma mère étaient si conflictuels que je n’ai pas été conviée aux funérailles qui ont eu lieu à Québec. J’avais treize ans. J’ai fait avec. C’était comme ça. Je ne l’ai pas vu malade. Je ne l’ai pas vu mort. Je n’ai pas pu lui dire au revoir. Il a fallu faire son deuil sans élément physique pour ancrer la réalité dans mon corps. D’année en année, je me suis promis d’y retourner. Mais j’avais toujours mieux à faire. C’était trop dur. Trop douloureux. J’avais trop peur. 
Pourtant, un miracle s’est produit en juin 2017. J’ai ressenti une urgence. Je me suis sentie aimantée. Je devais y aller tout de suite. J’ai aussitôt pris des billets d’avion. Mais une fois les allers-retours achetés, j’étais un peu perdue. Comment occuper notre séjour sur place ? Où aller près de trente ans plus tard ? Comment rendre ce séjour singulier agréable pour ma fille de 10 ans ? C’était si difficile pour moi que j’ai demandé de l’aide à Emmanuelle Thebaud, directrice associée de l’agence Mon Plus Beau Voyage. J’étais incapable de tracer un itinéraire cohérent entre Montréal, l’Université Laval où mon père dirigeait le département des Mines et Métallurgies, le mémorial où ses cendres sont conservées, son ancienne adresse à Québec, la baie de Tadoussac où je voulais retourner voir les baleines… Il me fallait absolument trouver des sas de décompression, des lieux pour respirer et se réjouir en famille. Vous l’aurez compris : ce voyage ne ressemble pas aux road-trips que je vous livre habituellement ici. J’ai adoré Montréal où nous sommes passés en coup de vent. Pas le temps de faire le tour des bonnes adresses pour les partager avec vous. Pas l’énergie non plus. J’étais fébrile. Idem à Québec où je me suis concentrée uniquement sur mes souvenirs d’enfance. Heureusement que j’ai pratiqué quotidiennement yoga et méditation. C’est ce qui m’a tenu droite. Il y aurait donc mille choses à écrire sur ce pays que j’adore et que vous ne trouverez pas dans ce post. Voici en tous cas trois lieux inoubliables que je vous recommande vivement si vous prévoyez un séjour au Québec !





Photographies Lili Barbery-Coulon et Jeanne Coulon (celle de moi). Si vous regardez bien, vous verrez le dos d’une baleine dans ces images


Les baleines à Tadoussac
Je suis allée voir les baleines avec mon père quand j’étais petite. Il faisait un temps pourri et il a passé la matinée à se retenir de vomir alors que le bateau rempli de touristes tanguait de gauche à droite. Ma mémoire a peut-être arrangé un peu la scène mais il me semble qu’on avait quand même vu beaucoup de mammifères marins dans cette baie où les baleines viennent se nourrir. Je voulais absolument y emmener ma fille et réactiver ma mémoire, histoire de voir quelles émotions feraient leur apparition en mer. Cet été, on a dormi à deux heures de route de Tadoussac la veille, à l’Auberge Cap aux Corbeaux Baie-Saint-Paul), un bed and breakfast confortable jouissant d’une vue à couper le souffle et d’un petit-déjeuner maison délicieux (NB : la déco des chambres est à des années lumière de ce que je choisirais pour mon appartement… mais bon, les goûts et les couleurs…). La route au bord du Fleuve Saint-Laurent est vraiment belle et il faisait un temps de rêve ce matin-là. L’agence Mon Plus Beau Voyage nous avait recommandé une croisière de 2h30 sur zodiac plutôt que sur un gros bateau. On est en petit groupe et le capitaine peut réagir rapidement si un collègue l’appelle pour lui signaler la présence de phoques ou de baleines. Cette option est à éviter en cas de grossesse ou de douleurs lombaires. On doit même signer une décharge avant de monter à bord pour dire qu’on est au courant et que la compagnie ne sera pas tenue responsable en cas de problème… Ayant réussi à me débarrasser de tous mes problèmes de dos avec le yoga, j’étais carrément flippée à l’idée d’en reprendre pour dix ans en allant voir des baleines. Et je vous épargne la tronche de mon mari lorsqu’il a du signer (j’avais du oublier de lui parler de ce petit détail). Déjà qu’il n’était pas rassuré par la taille de notre bateau pneumatique versus le poids d’un rorqual - 25 tonnes en moyenne – j’ai eu droit à : « T’es complètement inconsciente de nous embarquer dans un truc pareil, on va se péter le dos ! ». PAS DE PANIQUE. Les zodiacs sont très stables, même à vive allure, rien à voir avec les bouées tape-cul sur lesquelles les vacanciers se blessent chaque année en bord de mer (ces machins devraient être interdits, je ne peux pas lister le nombre d’amis qui se sont déplacés le sacrum en tombant d’une banane gonflable tirée par un bateau). Bon, la mer était plutôt calme le jour de notre croisière, j’imagine que ça secoue plus quand il fait moins beau.


Photographie Lili Barbery-Coulon. Nous trois dans la navette de Tadoussac nous menant vers le bateau


La compagnie AML qui organise ces tours en mer prête à tous les passagers en zodiac une tenue comprenant une salopette imperméable et une grosse parka fluo. Emportez un bonnet, des gants et un gros pull même en plein été car une fois en mer, ça caille ! Une fois équipés, il n’y a plus qu’à prier pour voir une baleine bleue sortir la tête de l’eau. Nous en avons vue une avant même de monter en bateau, lorsque nous étions à quai. On n’a pas compris pourquoi toutes les voitures s’arrêtaient. On a suivi le mouvement des conducteurs comme des moutons. Et là, elle est sortie de l’eau à plusieurs reprises. Pas le temps de sortir son téléphone. On s’est contenté de savourer l’instant. C’était fou. A bord du zodiac, on a vu une baleine, un rorqual et des centaines de phoques. Ma fille était émerveillée. Nous aussi. C’est l’une des expériences les plus inoubliables de ce voyage. En prime, on apprend beaucoup sur ces cétacés en quête de krill. A faire si vous êtes dans la région ! Croisière en zodiac de 2h30, de fin avril à fin octobre, interdit aux moins de 5 ans, 55.95$ canadiens (soit 37€) pour les enfants de 6 à 12 ans, 74.95$ canadiens pour les plus de 13 ans et les adultes (50€), Les tarifs sont moins chers pour la croisière en bateau et les enfants de moins de 5 ans y sont acceptés, Renseignements par email à Info@croisieresaml.com à Tadoussac





Photographies Lili Barbery-Coulon. Toutes ces photos ont été prises dans le domaine du Baluchon Eco-Villégiature


Le Baluchon Eco-Villégiature
Après avoir vécu les montagnes russes émotionnelles en retournant sur les lieux qui ont marqué mon enfance (le bureau de mon père resté intact à l’Université Laval, toujours dans son jus, les kiosques remplis de chanteurs de rue devant le Château Frontenac à Québec, le parc d’attractions La Ronde à Montréal, la réserve indienne des Hurons-Wendat à Wendake, les plaines d’Abraham à Québec…), j’avais demandé à Emmanuelle Thebaud de me trouver un hôtel déconnecté de mes souvenirs. Un lieu avec des activités pour les enfants en pleine nature, des cours de yoga pour moi, une jolie piscine (que j’ai oubliée de prendre en photo) et pourquoi pas un spa. Sur la route entre Québec et Montréal où nous devions prendre notre vol pour Paris, Emmanuelle nous a proposé d’aller à Saint Paulin, juste à côté du Parc National de la Mauricie et de la Réserve Faunique Mastigouche, au « Baluchon » un hôtel ouvert en 1990 sur un terrain de 400 hectares de verdure ! Une rivière traverse cet espace dont nous n’avons évidemment pas pu dessiner les contours en trois jours. Il y a même plusieurs cascades, des champs remplis d’Alpagas hilarants, une écurie, des vaches et leurs petits en train de se gaver dans les pâturages…







Photographies Lili Barbery-Coulon. Au Baluchon Eco-Villégiature


Le menu des activités est impressionnant : balades en VTT (9€ par adulte pour 3h de location), canoë sur la rivière (gratuit), tir à l’arc (gratuit), randonnées pédestres sur 40km de sentiers aménagés (gratuit bien sûr), équitation (environ 25€ par personne pour une heure de rando à cheval), balade à bord d’une calèche (45€ pour une calèche pendant 45 minutes), piscine extérieure chauffée et piscine intérieure avec jacuzzi + accès gratuit aux bains bouillants et glacés du spa, massages (payants bien sûr)… L’hiver on peut louer des motoneiges, faire des balades en chiens de traineaux ou profiter de la patinoire. Les chambres sont réparties dans cinq bâtiments en bois à travers la propriété foisonnant de fleurs au printemps comme en été. On a été plutôt déçu par notre chambre (située dans la maison Auberge de l’Ile, catégorie supérieure), pas très grande, sombre et dont la décoration n’était pas à mon goût (je sais, je suis chiante, mais c’est un critère important pour moi). Néanmoins ce resort québécois m’a apporté exactement ce dont j’avais besoin à la fin de notre séjour : trois jours de déconnexion, des activités sportives, des promenades au grand air… Ma fille a adoré les activités partagées en famille et la proximité avec les animaux de la ferme. Moi, j’ai trouvé une super prof de yoga qui m’a donné des cours particuliers dans une cabane au bord de la rivière, j’ai beaucoup marché et j’ai bien aimé le parcours de bains scandinaves au spa. On a pris nos petits-déjeuners et déjeuners sur place. En revanche, on a trouvé le menu trop cher le soir, l’attente interminable (c’est aussi à l’heure du diner qu’on prend conscience du nombre vertigineux de clients présents dans l’hôtel) donc on a préféré prendre la voiture pour trouver des restaurants plus modestes dans le coin.



Photographies Lili Barbery-Coulon. Voici une petite partie de notre chambre au Baluchon. Je n’ai jamais réussi à la prendre en photo sans lumière artificielle tant elle était sombre.


Si vous aimez la campagne, les grands espaces, le sport, les animaux, les bains bouillonnants et les gosses (à mettre dans l’ordre que vous préférez), Le Baluchon devrait beaucoup vous plaire. Si vous fuyez les resorts et que la présence de familles ou de couples en voyage de noce vous déprime, n’allez pas au Baluchon. Personnellement, je trouve que c’est l’escale idéale pour une famille en road-trip entre Québec et Montréal. En outre, le staff de cet hôtel est d’une gentillesse absolue… A partir de 235.75$ canadiens la nuit pour deux adultes (soit 156€) avec wifi mais sans petit-déjeuner, 99$ canadiens le massage suédois d’1h (65€) au spa, cours de yoga en one to one 65$ canadiens 1h15 (soit 45€). NB : Je n’ai pas aimé le brunch, il n’est pas incontournable. Le Baluchon Eco-villégiature, 3550 Chemin des Trembles, Saint Paulin, J0K 3G0 Canada, Tel : + 1 919 268 3555, email : info@baluchon.com surveillez le site, il y a tout le temps des promos




Photographies Lili Barbery-Coulon : les émotions n’étaient pas que pour moi cet été. Ce vol était d’une magie incroyable...


Vol en hydravion à l’hydrobase de Saint-Etienne-des-Grès
Encore une idée démente de Yoann, le contact d’Emmanuelle Thebaud au Québec. Hydravion Aventure est une compagnie aérienne fondée par Alain Priem, un Français expatrié au Québec. Ancien pilote de l’armée de l’air, ce passionné qui se sent mieux dans les airs que sur la terre ferme a eu l’idée de fonder un concept touristique inédit au bord de la rivière de la Mauricie en 2004, à une demi-heure de route environ du Baluchon Eco Villégiature dont je vous parle juste au dessus. Sa flotte d’avions décolle donc sur l’eau et vous embarque au dessus du Parc National de la Mauricie, ce poumon vert et dense dans lequel les lacs et les étangs dessinent des formes poétiques. Avec mon mari et ma fille, nous avons opté pour le vol d’une heure, mais la compagnie d’Alain Priem propose une dizaine d’autres options et s’adapte aux idées les plus folles. Ses pilotes chevronnés ne se contentent pas de survoler la région. Ils vous racontent les îlots que forment les castors, vous parlent de la faune et de la flore, des villes et des villages au loin. Ils peuvent même embarquer un canoë et vous poser au milieu d’un lac afin que vous pique-niquiez seuls (ils viendront vous chercher quelques heures plus tard). Il est aussi possible d’être déposé en hydravion dans un super restaurant au bord de l’eau, dans un spa ou en plein cœur d’une forêt pour une nuit en bivouac… Les options ne manquent pas, même en plein hiver. Ce vol en hydravion est l’un de mes meilleurs souvenirs de notre séjour au Canada. Je vous le recommande vivement. C’est cher mais c’est inoubliable. 99$ canadiens le vol de 30 minutes par adulte (soit 66€), 175$ canadiens, soit 115€ le vol d’1h (ça passe très vite et on a le temps de voir beaucoup de paysages différents) par personne, 95€ par enfant de moins de douze ans. Entrée du chemin de l’hydrobase au 410 avenue Ringuette, Saint Etienne des Grès, Québec G0X 2P0, information par email à pilote@hydravion.ca



Photographies Lili Barbery-Coulon. Cette distance avec le sol, en vol, m’a finalement permis de prendre aussi de la distance avec mes émotions. Heureusement, on n’a pas besoin de monter dans un avion pour parvernir au même résultat : la méditation nous mène au même endroit.


Et vous, avez-vous déjà eu la chance d’aller au Canada ? Si oui, quels sont vos souvenirs les plus marquants et vos adresses incontournables dans cette région entre Montréal et Québec ?