The Wing à New York

26/04/2017


Parmi tous les lieux que j’ai visités à New York en février, The Wing est l’un de ceux qui m’a le plus enthousiasmée. Ouvert un peu avant les élections américaines, ce club privé pour femmes était programmé pour célébrer l’arrivée d’Hillary Clinton au pouvoir, première présidente potentielle des Etats-Unis. Seulement, malgré les sondages qui, même une semaine avant le vote, la disait gagnante, c’est Donald Trump qui a été élu, comme vous le savez tous. Personne ne s’y attendait. Tout semblait plié d’avance. Gardons ça bien en tête le 7 mai 2017, si vous allez, comme je compte le faire, voter.




Photographies Lili Barbery-Coulon, le club pour femmes The Wing à New York


J’ai beaucoup lutté pour m’introduire chez The Wing. J’ai évidemment contacté la personne en charge des médias qui a d’abord ignoré tous mes emails. J’ai beaucoup insisté et elle a fini par me dire qu’elle n’était pas intéressée. Je ne sais toujours pas pour quelle raison, d’autant que je souhaitais l’interroger dans le cadre de mon article sur les nouveaux combats politiques des marques de beauté américaines. Je n’ai pas voulu renoncer aussi vite car j’avais vu défiler des images de The Wing sur mon fil Instagram. Céline Orjubin, co-fondatrice et directrice associée de My Little Paris, m’avait également parlé de ce club et ma motivation était ultra élevée. J’ai ainsi été mise en contact avec une membre de The Wing, une new-yorkaise pile comme je les aime : ultra dynamique, serviable, généreuse, capable de gérer 8 réseaux sociaux avec un seul pouce, et prête à filer l’intégralité de son carnet d’adresses pour s’assurer qu’on gardera le meilleur souvenir possible de sa ville. Je n’ai même pas pensé à demander à Emily Weiss qui m’a appris à la fin de mon séjour, qu’elle était évidemment membre de The Wing et qu’elle aurait pu me faire rencontrer les fondatrices du club : Audrey Gelman et Lauren Kassan !




Photographies Lili Barbery-Coulon


Installé juste à côté d’Inscape dans le quartier du Flatiron building, ce club, perché à plus de dix étages du bitume, est unique en son genre. Il s’agit d’un espace de travail très joliment décoré. On peut, à condition d’être membre, s’y installer avec son ordinateur, y passer quelques coups de fil, emprunter l’un des nombreux livres à disposition dans la grande bibliothèque, siroter un jus ou grignoter un morceau. On peut aussi passer chez The Wing pour prendre sa douche en sortant d’un cours de yoga avant d’aller à un rendez-vous. La salle de bain y est remplie de produits Byredo, Aesop et Glossier et j’ai lu qu’on y trouverait bientôt des produits Chanel. Il y a même une pièce plus intime où l’on peut faire venir Glamsquad, une application comme Simone qui fait venir sur le lieu de votre choix un.e coiffeur.se, un.e maquilleur.se, un.e manucure. L’espace dispose aussi d’un vestiaire avec des clés afin que chaque membre puisse laisser son ordinateur, une brosse à dent, des tampons et tout le petit bordel qui déborde de nos tiroirs de bureau et de nos sacs à main.




Photographies Lili Barbery-Coulon. Le néon qui indique le chemin vers les salles où l’on peut se changer, prendre une douche ou se maquiller


On peut se demander pourquoi seules les femmes sont acceptées dans cet espace (les membres peuvent recevoir un non-membre pour un rendez-vous à condition qu’il s’agisse d’une femme : aucun homme n’entre chez The Wing). On devrait surtout se demander pourquoi il existe autant de clubs privés réservés exclusivement aux hommes depuis des décennies, des lieux où l’on « réseaute », où l’on s’aide, où l’on fait des affaires en fumant des cigares et en discutant de polo (je caricature probablement car seules des images cinématographiques me viennent) alors que l’équivalent décliné au féminin est rarissime. En lisant le site de The Wing, j’ai néanmoins découvert que les clubs réservés aux femmes sont enracinés dans l’histoire du féminisme américain. En 1908 aux Etats-Unis, il existait cinq mille lieux de ce genre où l’on pouvait se réunir et se mobiliser pour faire avancer les droits des femmes.
 




Photographies Lili Barbery-Coulon. Une soirée importante en vue : pas de problème, on passe chez The Wing et c’est dans cette pièce qu’on peut faire venir la Glamsquad pour se refaire une beauté


A part nous offrir du wifi, une décoration sans faille (le « branding » comme disent les Américains est d’une efficacité redoutable : on a envie de vivre dans cet espace avec vue spectaculaire sur Manhattan), des jolis produits de beauté, des jus frais et une sélection de tee-shirts et de casquettes aux messages féministes, que propose The Wing ? Je vois déjà les sourcils des militant.es se froncer et critiquer ce club pour riches entrepreneuses surfant sur la mode d’un « féminisme aseptisé ». The Wing est en effet élitiste. L’adhésion par mois coûte $215 (environ 200€) et vu le nombre limitée de places, je doute qu’il suffise de payer pour être membre du club dont Leandra Medine, Jenna Lyons, Lena Dunham et Hari Nef font déjà partie. Je me suis aperçue après avoir publié une photo du lieu sur Instagram que je connaissais beaucoup de trentenaires new-yorkaises qui en sont membres. Je leur ai donc demandé ce qu’elles aimaient chez The Wing, en dehors du confort d’un espace ultra chic de travail et de vie. Chaque semaine, The Wing organise des débats, des masterclass et des ventes sur des thèmes très variés. Un petit-déjeuner avec les leaders de la Women’s March afin qu’elles répondent aux questions des membres et qu’elles présentent leurs actions. Un débat avec les dirigeants du Planning Familial pour comprendre leurs besoins et leurs difficultés. Mais aussi des rendez-vous plus légers comme l’introduction d’une créatrice de costumes sur mesure, un grand troc de fringues, une vente de produits Byredo… L’espace organise des rencontres avec des romancières engagées à l’occasion de la sortie d’un nouvel ouvrage, des présentations d’associations qui défendent les droits et les libertés des migrants. En février, The Wing a reçu Kirsten Gillibrand, sénatrice démocrate américaine qui est venue expliquer à chacune comment concrètement entrer en politique.




Photographies Lili Barbery-Coulon


Sur un t-shirt conçu par The Wing, il est écrit : « My interests include music, science, justice, animal, shapes, feelings  ». Une manière de dire qu’il n’y a pas de sous sujets dignes d’intéresser les membres du club. Ce mélange des genres en exaspérera sans doute plus d’une. Moi il me plait et me correspond car je n’ai aucun mal à assumer mon goût pour les parfums et mon intérêt pour des questions de société et la manière dont on peut la faire évoluer. Je suis capable de passer d’une chose à l’autre sans me sentir coupable ou débile. J’ai adoré The Wing, j’y ai même acheté des gommes, des crayons et des pins. J’y ai rencontré des femmes inspirantes qui m’ont donné envie d’être encore plus créative. Je pense notamment à Erin Allweiss, attachée de presse à New York, fondatrice de l’agence N°29 et membre du club The Wing, qui a créé en quelques jours, juste après les élections présidentielles, Love Letter America. L’idée : envoyer des cartes postales portant un message fort et positif aux représentants politiques. Les cartes sont réalisées par des illustrateurs et des artistes de l’entourage d’Erin. Elles sont téléchargeables et imprimables sur le site qui met des liens à disposition pour avoir les adresses de chaque sénateur et les interpeller sur des questions précises. Est-ce efficace ? Je ne sais pas. Mais ça a le mérite de souder des Américains écœurés par l’action quotidienne de Trump autour d’un projet positif. Le New York Times a d’ailleurs récemment parlé de Love Letter America dans cet article. Je suis ressortie de ce club avec l’envie de passer plus de temps avec les femmes qui m’entourent, avec l’envie d’avoir un lieu où l’on puisse s’entraider et se soutenir, travailler, échanger, faire grandir nos projets, discuter de nos centres d’intérêt sans jugement. Le premier espace de The Wing est un tel succès que le club s’apprête à ouvrir trois nouveaux lieux à New York et à Brooklyn. A Paris, il se pourrait bien que l’initiative de The Wing inspire des déclinaisons à la française…




Photographies Lili Barbery-Coulon (en haut, les cartes postales Love Letter America)


The Wing, 20th street between Broadway and Park, ouvert de 8h à 21h du lundi au vendredi, et le samedi de 10h à 18h. Je ne vous ai pas donné l’adresse précise : il faut être membre pour aller chez The Wing ou être invitée par une membre du club…