Season... et réflexion alimentaire

11/07/2016


J’ai déjà entamé cette discussion sur ce blog. C’est un sujet de questionnement récurent chez moi : comment faire pour s’alimenter librement à notre époque ? Ces dernières années, je suis passée par plein de phases différentes dans cette réflexion. Je n’ai toujours pas trouvé de réponse idéale mais je voulais vous dire où j’en suis et pouvoir ainsi recevoir vos réactions et vos conseils en retour.


La semaine dernière, je suis allée déjeuner avec Maëlis Jamin-Bizet, la créatrice du blog La Fiancée du Panda. On s’est retrouvé chez Season, un nouveau lieu healthy dont on avait déjà beaucoup entendu parler toutes les deux et qu’on voulait tester. Chez Season, pas de dogme : on peut manger de la viande si on le souhaite, avec ou sans gluten, calorique ou léger (la palette des desserts va de la salade de fruits au gâteau au chocolat en passant par un cheese cake et une tartine à la banane). On peut y petit-déjeuner un bol d’açaï, un matcha bowl (banane et matcha mixés + un toping du moment). Il y a des pancakes, des vapeurs asiatiques, des tartines d’avocat, des bagels. Bref, c’est un condensé de toutes les tendances food du moment, avec une prédilection pour ce qui cartonne déjà depuis longtemps à Brooklyn. Mon bol végétarien était bon, un mélange de crudités avec un risotto de céréales à la sauce tomate. Un peu trop gras à mon goût (ça baignait dans l’huile). Maëlis a bien aimé son toast à l’avocat. On a attendu pas mal pour être servi – la jeune femme adorable était visiblement débordée – et je regrette juste le niveau de décibels très élevé. En dessert, ma salade de fruits était très copieuse mais pas dingue. En revanche, le cheese cake de Maëlis avait l’air fou furieux. 57 euros à deux pour deux plats, deux desserts, un café et une citronnade, on ne peut pas dire que ce soit bon marché. J’imagine que c’est à cause des ingrédients bio ?


Photographie Ma Récréation


Bref, vous l’aurez compris, je n’ai pas trouvé Season fantastique. C’était bon et j’apprécie la variété de choix qui n’exclue aucune croyance alimentaire (les glutenfree, les vegans, les j’t’emmerde-avec-ton-régime-à-la-con-file-moi-de-la-baguette-fraîche-steuplait, les carnivores). J’y retournerai probablement bientôt pour tester un autre plat qui j’espère me transportera plus que celui que j’ai goûté.


Et puis, le lendemain, je suis partie chez Jane et Olivier Roellinger, près de Cancale (je vous en reparlerai, c’était tellement bien que je vais lui dédier trois articles différents). Pendant deux jours, j’ai eu un plaisir fou à manger. Pas seulement parce que c’était délicieux et léger. Mais parce que tout avait du sens. Je n’ai pas pensé aux abattoirs en mangeant leur jambon fermier au réveil, jambon qui m’a fait l’effet d’une madeleine de Proust. Je n’ai pas réfléchi au traitement des vaches en goûtant le lait délicieux (première fois que j’en buvais à nouveau depuis des mois), je ne me suis pas questionnée sur le gluten dans la brioche maison, ni sur les calories du beurre salé baratté par un producteur du coin. Pas de culpabilité en attaquant le barbu ou le saint-pierre. Pas d’angoisse en croquant dans les carottes ou les fleurs de courgette du potager. Du plaisir en pleine conscience à chaque bouchée. Etrangement, alors que je suis habituellement vorace avec ce que j’aime, je n’ai pas pu finir mes assiettes. La satisfaction était si grande que la satiété est arrivée beaucoup plus vite que d’habitude. Cette sensation, je l’ai déjà eue. Pas régulièrement mais de temps en temps. Pendant ma grossesse par exemple, j’étais dans cet état pendant neuf mois. Je me laissais guider par mes envies, mes sensations, par ce qui me semblait bon pour mon bébé, et par ricochet pour moi. Ca ne veut pas dire que je ne faisais que manger sainement. Mais je choisissais en conscience ce que je mettais à l’intérieur de mon corps. Et j’ai maigri, enceinte. Mon bébé faisait 4.490grs à la naissance et moi je pesais moins à sa naissance qu’avant de tomber enceinte.


La plupart du temps, je ne prends pas le temps d’écouter mes sensations. Comme je l’ai déjà écrit dans ce post, j’enchaine des périodes de contrôle alimentaire avec des phases de lâchage. Après les attentats de novembre 2015, alors que j’avais réussi à me maintenir à un poids qui me convenait (grâce à beaucoup d’efforts quotidiens), j’ai décidé que j’en avais assez de toute cette pression et j’ai mangé comme si chaque repas était le dernier de ma vie. Je me suis dit que c’était une façon d’habiter l’instant présent. En fait, j’ai surtout eu l’impression de faire « mal », de « me » faire mal pendant plus de six mois. Tous les dogmes alimentaires se superposaient dans mon cerveau comme un millefeuille indigeste. Je me suis aperçue que je m’étais privée de tellement de choses que je ne savais plus de quoi j’avais envie.


Les récents reportages sur les abattoirs n’ont pas arrangé mon affaire. Ceux sur la disparition de la pêche commerciale annoncée par tous les organismes de défense des océans non plus. Les légumes, les fruits non bio sont devenus des denrées que mon cerveau redoute. Je ne parle même pas des aliments industriels qui soutiennent de près ou de loin Monsanto, des produits laitiers que ma fille adore, du sucre ni du gluten. Je n’ai pas la possibilité d’aller m’installer en Bretagne (où j’ai l’impression qu’il est si facile de rencontrer des producteurs passionnés) et je n’ai pas non plus les moyens de manger « parfaitement » à chaque repas. Alors comment faire ? Comment retrouver une relation simple à la nourriture ?


J’ai cru ces derniers mois que « ne rien faire  » finirait par payer. Je me suis dit : « finies les règles, finis les dogmes, finis les cadenas ». Mange ce qui te fait envie et tu verras bien comment ton corps réagira". J’espérais secrètement retrouver sans effort mon poids d’avant. N’importe quoi. Non mais sérieusement, je me disais que forcément, telle une boulangère qui aurait trop mangé de pâtisseries, il y aurait bien un moment où je retrouverai mes précieuses sensations. Ca n’a pas été le cas. J’ai plutôt eu l’impression de toucher le fond de la piscine dans mon petit pull marine. D’abord parce que je n’avais plus envie de rien et que la satisfaction véritable ne venait pas. Ensuite parce que faire les courses est devenu une source d’angoisse. Moi qui adorais le poisson, je m’en suis privée. Moi qui avais du plaisir à manger de la viande, je n’ai quasiment plus mis les pieds chez mon boucher si gentil. Lorsque je suis partie en Espagne prendre soin de moi au Marbella Hotel Club, le médecin qui m’a reçue m’a dit qu’il fallait absolument que je me remette à manger des protéines animales. Ne serait-ce que pour retrouver de la satiété. Il m’a dit qu’il avait un nombre ahurissant de nouveaux végétariens en surpoids. Il m’a aussi dit qu’il fallait que je sois un peu plus indulgente avec moi-même et que j’arrête de viser une assiette parfaite à chaque repas. Un autre médecin m’avait dit tout l’inverse deux ans plus tôt.


Mes récents problèmes de santé (bénins les problèmes, hein, juste une trachéite-bronchite-sinusite que j’ai mal soignées, pensant que ça allait passer comme les kilos en trop) m’ont obligé à faire de moi une priorité à nouveau. Ce que j’ai compris de toute cette période c’est que la « comfort food » n’a rien de réconfortant. Le réconfort ne vient jamais avec le chocolat. Le plaisir peut être au rendez-vous au premier carré mais le trop plein rend malheureux à court et à long terme. Lorsque je suis sous contrôle, je suis obsédée par la nourriture car j’ai l’impression d’être dans un challenge permanent qui m’excite et me rend invincible (tant que je relève les défis). Lorsque je me lâche, j’ai l’illusion que je n’y pense plus, alors qu’au fond ça continue à m’occuper l’esprit non-stop.


J’ai retrouvé le chemin du cabinet de ma psy que j’aime beaucoup, histoire de faire un point. Elle m’a confiée que mes nouvelles angoisses alimentaires étaient malheureusement très répandues. On vit une époque où l’on reçoit tellement d’informations contradictoires sur ce qui est bon et sur ce qui ne l’est pas qu’on se retrouve tétanisé au moment de faire les courses. On va donc travailler là-dessus afin que je retrouve de la liberté (je tiens à dire ici que ce qui m’a fait grossir n’a rien à voir avec une crise de boulimie ou une alimentation complètement débridée sur le plan calorique. J’ai juste mangé un peu plus que ma faim et sans satisfaction véritable pendant plusieurs mois). Depuis quelques jours, j’essaie de n’écouter que moi et de me reconnecter à ce qui me fait du bien. J’essaie aussi de ne pas manger quand je reconnais que je n’ai pas faim. J’ai réintroduit la viande et le poisson mais aussi tout un tas d’aliments proscrits. J’ai surtout pris le temps de me préparer ce que j’aime vraiment en évacuant les questions perpétuelles. Et je me sens déjà beaucoup mieux. Et vous, où en êtes-vous par rapport à votre poids et à votre alimentation ? Comment réussissez-vous à vous sentir en paix au supermarché ? Mangez-vous toujours parfaitement bien et comment faîtes-vous pour tenir ce rythme ? Et quand vous craquez sur ce qui vous semble « interdit », comment réagissez-vous dans les jours d’après ? Je continue à chercher l’équilibre, vous voyez, alors si vous l’avez trouvé, n’hésitez pas et partagez vos astuces !


Season, 1 rue Dupuis, Paris 3e, 10€ l’açaï bowl, 17€ le season bowl à l’heure du déjeuner, 13€ les tartines d’avocat avec oeufs pochés, 8€ le dessert. Tel : +33 1 42 71 52 97 (pas de réservation possible)