Montagnes russes

29/08/2017

Encore 827 mails à ouvrir. Je tiens le bon bout. J’espère que ceux qui sont partis en vacances ou qui ont pris quelques jours de congés ont pu se reposer et se ressourcer. Je pense sincèrement à ceux qui n’ont pas choisi de travailler tout l’été et qui doivent encore patienter avant de faire une pause bien méritée… Je l’ai vécu tellement de fois, plus jeune. Il n’y avait pas encore les réseaux sociaux pour nous rappeler que d’autres étaient plus chanceux. C’était peut-être plus facile sans les photos d’orteils vernis plantés dans le sable. Néanmoins, il y a une douceur dans les villes désertées au mois d’août, un rythme ralenti qui permet de faire ce qu’on n’a jamais le temps de fignoler, établir des stratégies, ranger les vieux dossiers sur son bureau et dans sa tête. Faire de la place pour de nouvelles aventures… J’espère que l’été a été doux avec vous. Ce n’est cependant pas du tout le mot qui caractérise mes vacances, aussi bonnes fussent-elles. Mon voyage au Canada m’a fait l’effet d’un grand huit lancé à mille kilomètres heure avec des chutes vertigineuses dans le vide. Un peu comme ces parachutistes qui ont les joues déformées par la puissance du vent dans la descente. Enterrer mon père vingt-huit ans après sa mort constituait une étape incontournable de ma vie. A la seconde où j’ai acheté les billets d’avion pour le Canada en juin dernier, j’ai su qu’il n’y aurait pas de marche arrière. Vous êtes déjà monté à bord d’un manège qui fait très peur ? Lorsque la ceinture se referme sur vos épaules juste avant le départ et que vos jambes sont emprisonnées par une barre de fer, vous savez que vous ne pouvez plus reculer, vous lever et partir. Ces quelques micro secondes concentrent des sommets d’appréhension. D’excitation aussi. Ce vertige en suspension, je l’ai ressenti pendant les semaines qui m’ont séparée de l’arrivée au Québec, avec un climax à l’atterrissage à Montréal. Les larmes coulaient sans que je puisse avoir la moindre action sur elles. Il ne s’agissait pas de sanglots. Juste un flot continu. Imperturbable. Et puis, l’univers s’est remis à m’envoyer des signes au moment où j’ai cessé d’avoir peur. Notre airbnb à Montréal appartenait à une française expatriée… professeur de yoga ! Ce petit clin d’œil était comme une main sur l’épaule qui disait « aie confiance, tout va bien se passer  ». Je l’avais souhaité, rêvé, voulu, ce voyage. Alors, j’ai accepté les secousses. Le cœur qui remonte jusque dans l’œsophage. Le foie qui crache son venin, sa colère. L’estomac qui se retourne comme une chaussette à l’envers.

Cet été, j’ai ouvert le placard de l’enfance où l’on s’invente des monstres terrifiants. Je n’ai pas fait qu’entrebâiller la porte avec une lampe torche. Je suis allée voir dans tous les recoins. J’ai fait la poussière, retirer les toiles d’araignée, vérifier sous le lit et derrière le rideau. J’y ai découvert tellement d’émotions enfouies que je ne savais plus où les empiler. J’ai médité chaque jour ou presque et je suis tellement reconnaissante de connaître par cœur certains enseignements du yoga kundalini car ils m’ont permis de rester droite, sans m’écrouler.

Nous sommes restés 10 jours au Québec. Sept années de mon enfance se sont brusquement clarifiées au fil des témoignages des amis et des collègues de mon père. J’ai réussi à retourner dans son bureau, dans un bâtiment qui n’a pas bougé depuis sa mort. J’ai vu l’urne qui renferme ses cendres. J’ai visité les lieux dont je me souvenais encore et qui ont rythmé mes étés au Canada, petite. J’ai dit au revoir. J’ai dit adieu. Distinctement. Et j’ai reçu des tonnes de petits miracles en guise de cadeaux. Des rencontres improbables qui ont été d’une grande fluidité. Des échanges d’une authenticité incroyable avec des personnes que je découvrais pour la première fois. Bizarrement, c’est le moment que j’ai choisi pour entamer un bouquin que j’avais acheté en février à New York : Universe Has Your Back de Gabrielle Bernstein. Je l’avais feuilleté brièvement mais pas lu avec attention jusqu’alors. Ne vous attendez pas à de la grande littérature, il s’agit d’un livre de développement personnel avec des exemples concrets et des solutions pratiques. Gabrielle Bernstein se présente comme une « spiritual junky ». Aux Etats-Unis, elle a déjà publié plusieurs livres du même genre qui ont rencontré un énorme succès. Sobre depuis plus de dix ans, cette trentenaire a réussi à vaincre une addiction tenace à la cocaïne lorsqu’elle avait 25 ans. Son discours est « archi » américain et probablement un peu « capilotracté » pour nos oreilles européennes habituées à plus de subtilités. N’empêche qu’il est d’une efficacité redoutable. Professeur de méditation et de yoga kundalini, Gabrielle Bernstein a commencé à se connecter à sa propre spiritualité grâce au livre A Course In Miracles qu’elle cite continuellement dans son livre comme dans ses conférences. Elle est convaincue que dès qu’on perd confiance en «  l’Univers » (vous pouvez remplacer au choix, selon vos dogmes, par « Dieu », « l’infiniment grand », "les anges gardiens", "la voie lactée" ou bien « la nature », cette perfection absolue qui s’exprime dans la beauté d’un insecte microscopique à la carapace mordoré comme dans un paysage à couper le souffle), dès qu’on laisse la peur, l’angoisse, l’anxiété prendre le contrôle de notre cerveau, on perd tout son potentiel. Pour basculer de la peur à la confiance, elle partage ses outils, ses mantras, ses méditations, ses trucs bizarroïdes comme écrire un voeu, le glisser dans une boite puis le bruler au bout d’une semaine pour montrer notre confiance en l’univers… C’était pile ce dont j’avais besoin pour ce voyage, puis pour atterrir dans les Cévennes et revenir à mon centre.

La maison où je vais chaque été m’a réconfortée de tout en me tendant les bras comme elle le fait chaque année. C’est amusant d’avoir un point d’ancrage annuel. Physique et temporel. Chaque année, le même endroit. Certains été, on reste moins longtemps. Mais on finit toujours pas un passage dans cette maison. Pour mes amis comme pour moi, ce lieu est devenu un mythe. On se demande même si ces jours de Cévennes existent pour de vrai tant ils nous semblent magiques. On répète les mêmes gestes. La baignade dans la rivière. La remontée qui fait rugir le cœur. On regarde nos gosses grandir d’une année sur l’autre. On n’a encore jamais été nostalgique des années précédentes. Chaque millésime apporte ses nouveaux fous rires, ses découvertes des autres et de soi. On prend conscience du chemin parcouru et des directions à prendre pour l’année qui vient.

Jamais je ne suis rentrée à Paris avec autant de désirs de faire, avec autant d’idées. Cet été, en lisant ce livre et surtout en laissant s’évaporer ce que je cadenassais depuis des lustres, en m’acharnant sur mon tapis de méditation et de yoga, en chantant mes mantras encore et encore, en partageant mes pratiques avec mes amies, en écoutant ma voix, celle qui dit toujours la vérité et qui ne se trompe jamais sur le chemin à suivre, j’ai eu accès à une joie intense. Infinie. Une joie qui rend invincible. Elle ne s’exprime pas du matin au soir mais je sais désormais où la trouver. Satnam ☺ (ceux qui font du yoga kundalini savent que Satnam signifie véritable identité, moi véritable… C’est un gentil reminder du besoin que nous avons tous de rayonner dans notre authenticité et c’est aussi pour la communauté des adeptes du kundalini une manière de se saluer).

Et vous, quels sont les livres qui vous ont accompagné cet été ? Romans, essais, guides, je suis preneuse de toutes vos découvertes enthousiasmantes. Avez-vous médité ? Est-ce que ces instants pour vous ont changé la nature de vos vacances ou vos rapports avec votre entourage ?