Médaillés olfactifs

27/01/2012
Photographies Ma Récréation. Assis de gauche à droite : Dominique Ropion, Olivier Cresp, Françoise Caron, Daniela Andrier (Pardonnez-moi Maurice Roucel, vous êtes caché derrière Frédéric Mitterand...)
 
Hier après-midi, le ministre de la culture Frédéric Mitterrand a remis les insignes de Chevaliers des Arts et des Lettres à cinq parfumeurs d’exception : Daniela Andrier (Givaudan), Françoise Caron (Takasago), Olivier Cresp (Firmenich), Dominique Ropion (IFF) et Maurice Roucel (Symrise). L’occasion de rendre hommage à leur travail mais aussi à ce métier si particulier. Je les regardais tous les cinq écouter le ministre faire le récit de leurs créations et je me demandais à quoi ils pensaient. A leurs parents disparus, à leurs premiers bons points en cours préparatoire, à leurs épouses, à leurs enfants si fiers d’eux ? Dominique Ropion à qui l’on doit quelques splendeurs parmi lesquelles Portrait of A Lady ou Carnal Flower avait sa tête habituelle de cancre rieur. Maurice Roucel, le génie derrière Musc Ravageur, Dans Tes Bras ou encore Iris Silver Mist n’a pas arrêté de prendre des photos de l’audience avec son téléphone. Olivier Cresp, créateur de bestsellers comme Angel ou Light Blue de Dolce & Gabbana, semblait extrêmement concentré, assis juste à côté de sa sœur très émue, Françoise Caron, à l’origine de merveilles comme l’Eau d’Orange Verte ou encore les colognes Astier de Villatte. Quant à l’über chic Daniela Andrier, qui a imaginé la plupart des essences pour Prada ainsi qu’Untitled pour Maison Martin Margiela, elle a gardé le regard rivé sur les épaules de Frédéric Mitterand pour éviter, j’imagine, de flancher au moment de parler. On dit toujours que les récompenses n’ont pas d’importance. Probablement pour consoler ceux qui ne sont jamais valorisés pour leurs efforts. Mais hier, c’est toute l’industrie olfactive qui se trouvait médaillée et le sentiment de fierté était communicatif. A nous d’être à la hauteur de cette reconnaissance. Aux parfumeurs de proposer des formules dont ils n’auront jamais honte. Aux marques d’être audacieuses et de faire confiance à l’intelligence de leurs clients. Aux boutiques de donner du temps à l’originalité. Aux magazines de réserver encore de la place au parfum dans leurs pages. Aux journalistes de mettre en avant les véritables chefs d’œuvre. Et à nous tous, consommateurs, de militer pour de beaux produits. En achetant ceux qui méritent vraiment d’exister. En éduquant son nez et celui des générations suivantes. En refusant d’être pris pour des idiots. Ensemble, nous avons le pouvoir de hisser la parfumerie contemporaine au niveau de cette médaille…