Les volutes de Nick Knight dans mon cerveau

22/06/2015


Ce weekend est paru un article dans le « spécial jardins » de M le magazine du Monde au sujet des roses du photographe anglais Nick Knight. Ce portfolio de fleurs aussi belles qu’éphémères m’a offert l’occasion de m’entretenir au téléphone avec lui. Je ne suis pas de nature groupie. J’ai bien eu une phase avec le chanteur Morrissey quand j’étais adolescente mais je n’ai jamais vraiment cultivé de fanatisme pour les célébrités. Néanmoins, il a fallu que je me contrôle pour garder toute la distance qu’impose une interview journalistique lorsque je me suis entretenue avec Nick Knight. Pas parce que j’étais une de ses « fans ». Mais parce que j’admire son œuvre et que ses photos me nourrissent depuis longtemps.


Pour vous donner une idée de ce que « longtemps » signifie, il faut que je vous parle des cahiers de texte des années 1980. Je suis entrée en sixième en 1987 et j’ai abandonné les vulgaires cahiers de texte de l’école élémentaire pour un « agenda ». Le graal du cartable d’une jeune collégienne. Ranké au même niveau que le coupe-vent Creeks imprimé planches de surf, les Vans à damier, les Bensimon qui puaient dès qu’on les mettait 4 jours d’affilée sans chaussettes (imaginez l’odeur au bout d’un mois), l’agenda était le plus sûr moyen de montrer combien on était « cool ». Je passais donc des heures à l’extérieur de la classe à coller des photographies déchirées dans les magazines féminins, des stickers parfumés au pop-corn (la joie des eighties)… Et puis, j’y ajoutais aussi la liste des mes musiciens préférés, des paroles de chanson, des tas de petits messages laissés par mes copines, des publicités Kookaï du temps où la marque faisait encore rêver. En fin d’année scolaire, l’agenda était si épais que le dos carré finissait toujours par se fissurer.



Mon agenda en 1989


Parmi toutes les photographies de mode collées au bâton Uhu, l’une m’a interrogée pendant plusieurs années : Susie Smoking. Il s’agit d’une campagne publicitaire pour le prêt-à-porter automne-hiver 1988-1989 de Yoji Yamamoto. Le mannequin photographié est Susie Bick qui, quelques années plus tard, deviendra l’épouse de Nick Cave. Cette image, je la connais par cœur. Sans doute ai-je usé ma rétine à la regarder pendant les cours d’allemand que je détestais ? Je me demandais qui elle était, cette fille aux cheveux jais, avec sa nonchalance ostentatoire et son grand manteau aux accents violets. J’étais fascinée par la pâleur presque morbide de son teint, par la finesse de sa cheville qui fait écho à ses mains graciles. A quoi rêvait-elle avec sa cigarette à la main ? Où s’échappaient les volutes de sa cigarette ? Pourquoi cette lumière crue au dessus de sa tête ? Pourquoi le bleu s’évanouissait en jaune vif sur les murs ?


Les collages et les petits mots laissés par les unes et les autres... un agenda de collège dans les années 80 en somme


J’ai dessiné cette fille des dizaines de fois. J’ai rêve de son élégance, imaginé son histoire. Et voilà que j’avais enfin accès à la solution de l’énigme que je m’étais lancée il y a tant d’années : j’allais parler à Nick Knight. Ce n’était pas le propos de mon appel donc je suis restée neutre jusqu’au bout de notre entretien. Mais à la toute fin, je lui ai parlé de cette photo. Il était à son tour très ému, pas du tout blasé. C’est une photo qu’il aime beaucoup, lui aussi. Elle fait d’ailleurs partie de la courte sélection qu’il a choisi de montrer sur son site. Quant à notre discussion sur les roses, je vous invite à aller sur lemonde.fr pour lire l’article si vous n’avez pas déjà vu le magazine du weekend. Et vous, quelles sont les images qui ont imbibé votre imaginaire d’adolescent ?


Bonne semaine à tous !