Graines de questions

9/01/2012

Photographie Ma Récréation

Le 28 décembre dernier, le Spa Six Senses m’a permis de rencontrer Gilles Compain, le naturopathe qui propose désormais des consultations aux clients qui chercheraient à changer leur hygiène de vie. Je l’ai rencontré en tant que journaliste curieuse de cette nouvelle approche holistique dans un institut de beauté. Même si j’ai horreur des restrictions et des dogmes trop stricts, j’étais ravie d’avoir l’avis d’un expert du bien-être sur ma routine alimentaire. Premier froncement de sourcils lorsque j’ai décrit mon petit-déjeuner de base : du lait (de vache) avec des Special K accompagnées d’un fruit cru. J’ai cru que j’avais dit trois gros mots dans la même phrase. On a frôlé l’attaque cardiaque quand j’ai parlé de coca zéro à l’heure du déjeuner et de salade de fruits en dessert. Je crois que je l’ai définitivement achevé lorsque j’ai compté le nombre de yaourts consommés en une semaine. Du coup, je n’ai pas osé lui parler de ma passion pour la pâtisserie, de mon adoration de la baguette fraiche avec du beurre salé ni des recettes de cuisine pour Ma Récré… En bonne élève, j’ai noté scrupuleusement sa prescription, commandé tous mes nouveaux amis (chrome, lotier corniculé, sélénium…) à l’Herboristerie du Palais Royal et dépensé 250 euros en noix, graines, et autres laits végétaux sensés me hisser au nirvana. J’ai appliqué à la lettre ses conseils pendant quelques jours : j’ai fait cuire des fruits pour le petit-déjeuner, mangé une noisette et deux amandes chaque matin, goûté aux flocons d’orge avec du lait d’amande, zappé le coca zéro et le thé noir, évincé le lait de vache sous toutes ses formes, rajouté des crudités en début de repas, associé les protéines avec de l’amidon, éliminé le thé noir, bu de la tisane drainante, dégusté des clémentines crus en dehors des repas, viré le lait de soja… Et j’en suis ressortie avec une tonne de questions que j’ai envie de partager avec vous. 

1. Tous les acteurs du bien-être, réflexologues, naturopathes, kinésiologues, homéopathes, masseurs, yogis, ostéopathes et de plus en plus de médecins s’accordent à dire que nous devons stopper notre consommation de lait de vache passé l’âge de 2 ans. De New York à Melbourne en passant par l’Asie, toutes les journalistes beauté en parlent dans leurs articles depuis quelques années. On n’aurait pas la capacité de le digérer à l’âge adulte. Il serait responsable de maux de ventre, affaiblirait le système immunitaire et ralentirait la circulation lymphatique. Pourtant, on continue de nous vanter ses mérites via un paquet de publicités… Je veux bien remplacer mon lait par un liquide végétal (objectivement très différent en goût et souvent plus gras ou plus calorique que le premier) mais comment substituer la centaine de fromages au lait de vache, la crème fraiche pour faire des sauces, des pâtisseries, des tartes ? Par quoi remplacer les desserts lactés, les yaourts allégés ou non, les flans, la chantilly ? Et ne me répondez pas par des dérivés de soja, parce qu’eux aussi sont sur l’échafaud des naturopathes

2. Ce qui est vrai aujourd’hui le sera-t-il demain ? La nutrition est probablement l’un des domaines qui évolue le plus vite et qui dit tout et son contraire d’une année sur l’autre. On nous vantait le lait de soja il y a dix ans, il devait résoudre les problèmes de pré-ménopause et remplacer le lait de vache. Il serait bourré d’OGM et perturberait l’équilibre hormonal. On nous a vendu du lait de vache comme la meilleure source de calcium des années 50 jusque dans les années 80, il est aujourd’hui responsable du pire. On nous a dit qu’il fallait manger dissocié, désormais on conseille d’associer les protéines avec les féculents. On mange trop de protéines selon Henri Chenot. On n’en mangerait pas assez selon d’autres. Comment s’y retrouver ? Où trouver la bonne information ? Celle qui fait sens pour aujourd’hui et pour demain ?

3. Comment combiner ces nouvelles règles de santé alimentaire avec une vie sociale ? Avec une passion pour les livres de cuisine et les dîners entre amis ?

4. Comment associer ces règles avec les différentes méthodes d’amaigrissement sur le marché (je parle des moins restrictives qui sont à mon sens les plus fiables à long terme. Pas question pour moi d’évoquer Monsieur D comme débile dont la proposition concernant les élèves en âge de passer le Bac me fait horreur. D’ailleurs, je vous invite à lire la magnifique lettre ouverte de Caroline à ce sujet) ? Pire encore : comment éviter de se sentir coupable en faisant ses courses ou en mangeant ?

5. Il existe des études sérieuses (cf : La Dictature des Régimes, Attention ! de Dr Jean-Philippe Zermaty et Dr Gérard Apferdorfer, aux Editions Odile Jacob) qui ont prouvé les ravages des restrictions alimentaires sur l’estime de soi à long terme. Je serais bien curieuse de connaître le niveau de cortisol (l’une des hormones du stress) généré à chaque repas. Faut-il mieux s’intoxiquer au lait de vache ou à l’angoisse ?

Je n’ai pas de réponses fermes à ces questions. Et je suis convaincue des bonnes intentions de Gilles Compain comme de tous ceux qui cherchent à nous alerter sur la façon dont l’industrie agroalimentaire nous manipule. J’ai décidé pour ma part d’adapter sa prescription à ma vie, à mes goûts, à mes sensations de faim et de satiété sans tout suivre parfaitement. Il m’a donné envie de cuisiner de nouveaux produits, de prendre soin de moi et tous ses compléments alimentaires sur mesure m’amusent. C’est déjà bien. Mais pas question de virer psychorigide pour autant… Et vous, comment compilez-vous les contradictions nutritionnelles et l’obsession santé avec votre quotidien ?
 
Gilles Compain reçoit tous les mois au Spa Six Senses, 3 rue de Castiglione, Paris 1er, Tel : 01 43 16 10 10