En deuil

8/01/2015

Je suis si triste. J’ai sangloté toute l’après-midi hier. Et je me réveille avec le même chagrin. Je pense à ma légèreté d’hier, à mon enthousiasme en postant mon article sur la jolie fête de décembre. J’ai tellement la nausée que plus rien ne me semble avoir de sens. Titiou Lecoq a écrit un texte très juste sur Slate.fr hier après-midi. Comment se remettre au travail après ça ? Comment passer à autre chose et reprendre nos activités ? J’ai l’impression d’avoir perdu une partie de ma famille. C’est comme ci on avait piétiné mon enfance, saccagé mes souvenirs. Ca a ouvert une vanne à l’intérieur de moi, un flot de larmes, et je ne suis pas capable, pour le moment de la refermer.

Ma fille m’a demandée pourquoi je pleurais sans m’arrêter. Comment trouver les mots justes ? Comment lui expliquer qu’on est entré dans un journal pour assassiner des hommes qui défendaient la liberté d’expression et le droit à l’humour pour tous ? Comment mettre du sens dans cette barbarie ? Comment ne pas la terroriser ?

J’étais à République hier soir. On avait tous l’air orphelin. On marchait, perdus, à la recherche d’amis introuvables de l’autre côté de la place. Certains portaient des bougies. D’autres brandissaient des crayons, des stylos. Et puis, il y a eu cette pancarte : Not Afraid. Et on était si nombreux à applaudir qu’on a réchauffé la place de quelques degrés. Ne pas avoir peur. Rester debout. Rester uni.

Je pense aux familles des victimes. A leurs amis, nombreux autour de moi. Je pense à Elsa Wolinski, en particulier, pour qui j’ai une tendresse infinie et qui a perdu son père hier. Elle publiait hier : « Papa est mort, pas Wolinski ». 

Rendons leur esprit invincible.