Comment je me suis réconciliée avec mon corps

8/03/2017


Il y a un an, je vous écrivais un texte intitulé Comment je me suis disputée avec mon corps… Vous aviez été très nombreuses à le commenter et à échanger sur ce sujet. Cet article livré comme un outing de mon rapport difficile avec l’alimentation mais surtout avec mon corps a eu un effet très positif sur moi. Il m’a permis d’officialiser une prise de conscience plus ancienne et de retirer le masque avec lequel je faisais semblant de jouer "les gourmandes qui vivent très bien leurs kilos en trop". Ces derniers mois, beaucoup de lectrices m’ont demandé où j’en étais. J’ai attendu d’avoir suffisamment cheminé pour reprendre la parole sur ce sujet. D’abord parce que je ne veux donner de leçon à personne ni m’ériger en exemple. Ensuite, parce qu’il n’y a pas de « guérison » magique avec une fin définitive. La réconciliation entre mon cerveau et mon corps est une construction permanente, un travail quotidien et le chiffre sur la balance n’est pas le baromètre absolu de la « réussite » (même si j’ai longtemps cru le contraire).



Cette photo date des vacances de Pâques 2016. C’est ma fille qui m’a prise alors que je sortais de ma douche et qu’on s’apprêtait à aller diner. Je me souviens de ma réaction lorsque j’avais regardé l’image : je ne me reconnaissais pas. Ce n’était pas que je me trouvais laide ou jolie. Je ne me reconnaissais pas. 


Je ne vais pas vous raconter à nouveau combien je me sentais mal en février dernier après avoir passé plusieurs mois à engouffrer tout ce qui ressemblait de près ou de loin à une assiette réconfortante. J’ai attendu un miracle après la publication de ce post. Un switch cérébral qui m’aurait permis de changer de comportement ou de tomber amoureuse de mon corps que je m’étais mise à haïr. Bon ben, je n’ai pas été touchée par la grâce divine : l’attente passive n’a rien donné. J’ai continué à prendre gentiment du poids jusqu’en juin 2016, climax de ce désamour entre mon corps et mon esprit. J’étais alors très triste intérieurement. Pire, je m’en voulais de l’être, moi qui avais à priori tout pour me sentir bien. Je m’auto-saoulais. Même mes pensées négatives me fatiguaient. Mais j’attendais encore un miracle. Il m’a fallu plusieurs déclics pour enclencher des solutions et passer enfin à l’action. D’abord, en allant chez Olivier Roellinger découvrir sa Ferme du Vent, j’ai renoué avec un plaisir à table que je ne connaissais plus. Ecouter cet homme me parler des hommes derrière chaque légume, chaque poisson, m’a bouleversée. D’un seul coup, tout avait du sens. Je me foutais pas mal de savoir s’il y avait du gluten, du sucre ou du lait dans les plats que son fils avait préparés pour moi. J’étais là, présente, savourant l’instant. Et je me suis surprise à ne pas finir mon assiette tellement je me sentais nourrie.




Ces photos datent de juillet 2016. C’est le jour où le magazine Elle est venu me photographier chez moi. J’étais tétanisée. Je me sentais si mal, je n’ai presque aucune photo de mon corps à cette période, que des photos de mon visage, tronqué ou filtré 


Un peu plus tard, en juillet 2016, je me suis rendue à un mariage à Annecy avec mes meilleurs amis. Une parenthèse enchantée au bord du lac. Pourtant, en me voyant sur les photos des téléphones des uns et des autres, j’étais surprise de découvrir mon corps tel qu’il était. Je ne m’étais pas pesée depuis octobre 2015. Je pensais avoir pris cinq kilos maximum. C’est fou comme on peut se voiler la face. Mon jean ultra stretch avait beau être de plus en plus serré, réussir à l’enfiler me rassurait et me donnait l’impression que tout ça n’était pas si grave. Et c’est vrai, au fond : rien de tout ça n’était grave. La vie s’est chargée de me rappeler ce qui était vraiment grave. En août, l’une de mes amies les plus proches a découvert qu’elle avait un cancer. Un drôle de truc logé derrière le genou. Ca m’a fait un électrochoc. J’ai pourtant perdu mon père d’un cancer du cerveau quand j’avais 13 ans (il en avait 46), j’ai perdu l’une des femmes qui comptaient le plus dans ma vie d’un cancer du péritoine il y a quelques années seulement. Et je ne compte plus les amies et les parents d’amis qui luttent ou ont lutté contre cette saloperie. Pourtant, au mois août, alors que je m’apprêtais à fêter mes 40 ans, cet anniversaire qui m’angoissait tellement, l’arrivée de ce cancer dans la vie de mon amie m’a saisie : j’ai eu l’impression de recevoir un message, une alerte. Il n’était plus possible, alors que j’ai la chance d’être en bonne santé, de bousiller mon corps 1) en me gavant à chaque repas au lieu de manger 2) en l’insultant du réveil au coucher. Je n’ai rien entamé pendant mes vacances (le contexte apéro-potes-diners festifs me paraissait peu adapté à un changement alimentaire drastique) et j’ai attendu de rentrer à Paris pour agir.


Cette photo a été prise au mois d’août 2016. Elle est assez violente car je ne me suis jamais vue comme ça. Je veux dire que ce n’est pas ce que je percevais en me regardant dans un miroir. Je m’imaginais tout à fait différente.


Ralentir


De retour, j’ai pris quatre décisions. La première : ne plus travailler autant. C’est pour ça que je vous ai autant parlé de ralentissement depuis septembre. On ne peut pas être performant dans tous les domaines. Si on fait une chose bien (ce que je choisis de montrer sur Instagram), c’est forcément parce qu’on a renoncé à tout faire parfaitement. J’ai compris que je ne pouvais pas accepter tous les boulots qu’on me proposait, aller à toutes les présentations presse et vouloir en même temps passer du temps en famille, faire du sport, voir mes amis, prendre soin de moi… Ca n’a l’air de rien mais c’est ce qui continue à être le plus difficile pour moi. Parce que je suis encore handicapée par une quête d’amour primitif. Même si je ne manque pas de lucidité sur cette problématique, j’ai tendance à confondre la reconnaissance professionnelle avec la reconnaissance paternelle. Vaste sujet qui mériterait un bouquin. Rassurez-vous, je vais vous épargner pour aujourd’hui… ☺



La photo du haut date de septembre 2016, à ce stade j’ai déjà commencé à perdre du poids et même si ça ne se voit pas beaucoup et que je me planque derrière un gâteau, je me sens déjà complètement métamorphosée. Le yoga fait son effet, les efforts alimentaires aussi. En dessous, une photo prise par ma fille en novembre 2016 à Londres. Ca y est, je recommence à bien m’aimer et à accepter qu’on me prenne en photo "en entier"


Bouger


Deuxième décision : trouver une activité physique qui me plaise vraiment. Depuis la fac, je n’ai presque jamais cessé d’avoir une activité sportive. Certaines années, j’ai fait beaucoup de danse, d’autres des cours de fitness (une fois par semaine voire deux max, jamais plus), je suis allée à la piscine à l’aube, j’ai pris des profs à domicile, j’ai testé plein de pratiques innovantes. Je me suis forcée à avoir une heure d’activité par semaine (ça me paraissait déjà tellement dingue de réussir à dédier une heure de mon temps à un truc que je déteste) mais je n’avais encore jamais ressenti de véritable plaisir à faire des abdos. Lorsque certaines de mes copines disaient au sujet de leur footing hebdomadaire « Je ne peux plus m’en passer » je les soupçonnais d’être atteintes d’un syndrome névrotique grave. Un peu comme Florence Foresti qui se questionnent sur celles qui déclarent qu’accoucher a été le plus beau jour de leur vie (« c’est à se demander à quoi ressemblent les 364 jours du reste de l’année de ces personnes » disait-elle avec humour). Et bien, ça y est, je fais partie de la catégorie « têtes à claques » qui poussent les murs de leur emploi du temps pour aller au yoga deux à trois fois par semaine ! La découverte du yoga kundalini m’a ouvert une nouvelle voie. Pas parce que cette activité m’a musclée ni parce qu’elle a changé ma silhouette. Elle a reconnecté mon cerveau avec mon corps que je prenais pour un ennemi étranger à moi-même. J’ai aussi choisi de faire de la danse hip hop. J’ai tenu un trimestre et bien que j’adore les cours de Michael Bilionniere, je me suis vite aperçue que j’étais trop occupée ou trop fatiguée pour caler cette activité en plus du kundalini. Encore une fois, il a fallu faire des choix et renoncer à l’idée de tout faire.



La photo du haut date du mois de janvier 2017. Celle du bas date de mars 2017 (c’est ma prof de yoga qui l’a prise, on ouvrait et fermait nos bras tout doucement les yeux fermés depuis un certain nombre de minutes). Je suis loin d’être en extase devant ces photos. Une partie de moi continue de détailler les défauts. Mais je vois le chemin accompli et la force qui s’en dégage


Manger différemment


Troisième décision : retrouver de l’équilibre dans mon assiette. J’ai testé plein de régimes différents ces vingt dernières années et le seul programme qui ait jamais vraiment marché sur moi est Weight Watchers. Parce que c’est probablement le régime le moins restrictif de tous (chez WW, on refuse de parler de « régime » mais il s’agit bien de modifier et de contrôler son alimentation pour perdre du poids). Parce que son application mobile qui permet de comptabiliser ce qu’on mange est archi bien fichue. Parce qu’il y a des réunions qui peuvent paraître ringardes mais qui offrent un soutien indispensable pour conserver sa motivation de semaine en semaine. Parce qu’on est libre de choisir la manière dont on souhaite se nourrir et que c’est donc compatible avec les allergies alimentaires, les choix philosophiques, religieux ou écologiques. J’ai suivi cette méthode plusieurs fois. J’ai souvent été couronnée de succès. Et puis, dès que j’ai cru que j’étais assez forte pour abandonner les réunions, telle une vieille alcoolique de la bouffe, tout s’est écroulé. Le 30 août, lorsque je suis allée dans un nouveau centre, plus proche de chez moi, j’étais terrorisée à l’idée de me remettre à compter. Je vivais ce recommencement comme un horrible échec. La veille, j’ai fait un hold up à la boulangerie du coin comme si je m’apprêtais à enterrer définitivement les viennoiseries. Le principe est qu’on vous pèse discrètement à l’entrée (on ne montre jamais votre poids aux autres). Lorsque je suis montée sur la balance, je m’attendais à avoir pris 5 ou 6kgs. J’ai eu un choc quand l’animatrice de la réunion a noté le résultat sur ma fiche. J’avais pris cher. Très cher. Mais comment avais-je réussi à prendre autant de poids sans m’en apercevoir ? Le cerveau est fantastique. Le déni est l’un des mécanismes de résistance les mieux huilés, non ? Je suis entrée dans la salle. Là, des femmes âgées, d’autres plus jeunes, des rondes, des très grosses, des minces étaient assises et discutaient d’une recette testée pendant la semaine. « Quoi douze points la part ? Ah non c’est beaucoup trop cher. A ce tarif, je préfère me faire une banana split avec double ration de chantilly ». C’était reparti pour un tour. J’allais devoir comptabiliser chaque aliment dans mon assiette. J’étais désespérée et j’avais la sensation que je n’y arriverai pas. En même temps, dès que j’entendais mon amie malade me parlait de ses visites à Curie, je me ressaisissais. Elle, elle faisait quotidiennement des efforts pour prendre son traitement avec le sourire, pour ne pas se laisser envahir par la peur. Elle aussi devait changer son alimentation, faire le plein de vitamines, éviter les sucres rapides, manger plus sainement. Alors, je me suis remise à suivre la méthode Weight Watchers sans trop broncher. Les trois premières semaines ont été à la fois difficiles et galvanisantes. Difficile car je passais de repas sans restriction ni fin (ni faim d’ailleurs) à une assiette beaucoup plus raisonnable. C’était la panique au tout début. Weight Watchers octroie une cagnotte de points quotidiens à chaque adhérent (selon son poids de départ, son âge, son sexe) + une cagnotte de survie hebdomadaire, un genre d’épargne à dépenser si l’on en ressent le besoin, pour une sortie entre amis ou une religieuse au chocolat qui nous fait vraiment trop envie. On m’a donné le droit à 30 points par jour + 35 points de réserve hebdomadaire. Les programmes évoluent d’année en année mais le système repose toujours sur la même base : privilégier les aliments rassasiants (souvent des aliments qui « coûtent » peu de points) et limiter la consommation d’aliments riches en sucres ou en graisses insaturées et peu rassasiants (les plus chers). Les fruits (tous !) et les légumes (tous sauf l’avocat) sont à 0 point. Ca veut dire qu’on n’a pas besoin de les comptabiliser et qu’on peut les manger à satiété (et non pas à volonté, c’est différent). Un petit filet de cabillaud vaut 1 point, un bol de riz blanc dans un restaurant japonais vaut 3 points, un carré de chocolat vaut 3 points, un viennois industriel au chocolat vaut 8 points le pot, une cuillère à café rase de beurre vaut 2 points, la même remplie d’huile d’olive vaut 1 point, un verre de jus d’orange 5 points. Forcément, ça pousse à faire des choix. C’est une gestion et heureusement qu’il y a une application qui permet de trouver l’équivalent en points de n’importe quel aliment (on peut même scanner les codes barres et il y a une calculatrice pour évaluer le « prix » d’un produit avec sa composition au 100grs lorsqu’il n’est pas déjà inscrit dans l’appli). Et ça marche. C’est ça qui est galvanisant. Vous me direz : tous les régimes marchent. C’est vrai, dès qu’on réduit son assiette, forcément on maigrit. Néanmoins, il y a peu de méthodes où l’on peut continuer à boire un verre de vin, manger un croissant le dimanche matin, accepter sans culpabilité une part de gâteau lorsqu’on est invité à diner ou se faire un grand plat de pâtes au parmesan. En revanche, je dois vous dire que ça ne marche que si 1) on est organisé 2) qu’on a du plaisir à cuisiner. Si on ne prend pas le temps d’aller faire ses courses chaque semaine, si le frigo ne déborde pas de produits que vous adorez et que vous savez aisément transformer, alors, l’échec est assuré à court ou à moyen terme. Personnellement, j’adore cuisiner, métamorphoser les fruits et les légumes, les rendre sexy et désirables. Chez Weight Watchers, on martèle à chaque réunion la nécessité de varier ses repas, de ne pas tomber dans de nouvelles habitudes genre « poisson cuit au micro ondes, brocolis et pâtes blanches sans goût à chaque repas ». Plus on varie, moins on se lasse, plus facilement on perd du poids. Il y a des phases où l’on fait tout bien et où l’on stagne. Ca dure parfois deux ou trois semaines. Ces périodes sont très difficiles. On ne comprend pas, on s’énerve, on se décourage. Mais il faut tenir car ce sont juste des paliers et ça finit par bouger. L’animatrice qui s’occupe de la réunion où je vais est fantastique. Elle est psychologue à côté de son activité chez Weight Watchers et ne manque pas d’humour. Son intelligence irradie sur le groupe de parole. Sa bienveillance aussi. Les témoignages qui sont partagés sont toujours enrichissants. Je rencontre à cette occasion des femmes que je n’aurais jamais croisées dans mon milieu professionnel. Elles sont tellement touchantes, drôles et courageuses. Elles m’inspirent. Il y a cette céramiste de plus de soixante ans qui a perdu 38 kilos et qui me raconte ses séances d’aquabiking, ses bouteilles de pinard bien choisis (« quitte à griller des points en vin, je veux qu’il soit exceptionnel ») et la maladie de sa mère dont elle s’occupe beaucoup. Il y a cette femme retraitée qui a vécu une grosse dépression il y a dix ans après un cancer et des problèmes cardiaques et qui a réussi à perdre je ne sais plus combien de kilos en près de deux ans. Il y a cette trentenaire devenue toute menue qui fait du moulage de pâtisseries dignes de celles de Chez Bogato. Il y a les anciennes fumeuses qui n’acceptent plus leurs kilos en trop. Il y a les discrètes qui se taisent et prennent des notes. Les exubérantes (ha ha ha, moi, par exemple) qui partagent leur enthousiasme ou leurs difficultés. Il y a parfois quelques hommes qui passent et perdent si rapidement du poids qu’ils écœurent toutes les adhérentes. Les discussions autour de l’assiette ne sont que des alibis pour parler de nos émotions, de nos blocages. Mais il ne s’agit pas de se lamenter et de ruminer comme on le ferait sur le divan d’un psychanalyste. Les échanges sont ponctués de solutions concrètes. Un jour l’animatrice m’a fait hurler de rire en disant à l’assemblée : « Essayez de sortir du statut confortable d’éternelle victime qui rumine sur l’amour qu’elle n’a pas reçu, sur ses rapports conflictuels avec sa mère, et sur toutes les bonnes raisons qui justifient vos excès. Ok c’est dur. Mais passez à l’action ! Acceptez de changer vos habitudes et d’observer ce que cela provoque en vous ». On a toutes éclaté de rire parce que personne ne nous parle jamais comme ça. Et pourtant, parfois, ça fait du bien d’être secoué un peu et d’arrêter de se noyer dans ses propres lamentations. Ce jour-là, elle nous a toutes reboostées comme jamais. Si vous souhaitez que j’entre dans les détails d’une journée type, que je vous livre des idées de menus, des recettes, j’y consacrerai un autre post. Aujourd’hui, j’ai retrouvé le poids que je faisais en octobre 2015, avant les attentats. Je suis en phase de stabilisation depuis une semaine. Ce qui signifie que j’ai désormais beaucoup plus de points à « dépenser » par jour. Je ne sais pas combien de temps cette phase va durer. Mais je compte bien continuer à aller aux réunions « des alcooliques de la bouffe ». Je sais très bien qu’un événement grave, une épreuve comme celles que nous réserve régulièrement la vie peuvent me fragiliser. Je ne ferme pas un chapitre avec ce post. Je me sens juste sur un chemin de mieux-être mais je suis bien consciente que même si je me sens bien dans ma peau aujourd’hui, rien n’est gagné de manière définitive.


J’ai pris cette photo en février 2017 à New York. Ce pantalon est un vieux American Apparel que je me suis acheté en 2010. J’étais très heureuse de pouvoir renouer avec lui.


Alléger sa tête


La quatrième décision a été de retourner consulter ma psy. Elle est psychologue clinicienne et utilise une variété d’outils comme l’EMDR, la cohérence cardiaque et les thérapies cognitives. On s’est vu très régulièrement pendant quelques années. Puis ponctuellement lorsque j’en ressentais le besoin. Et puis, plus du tout. L’année dernière, lorsque je me sentais au plus mal, j’ai tenté d’autres techniques. On m’avait recommandé un psychologue corporel. Je n’avais jamais entendu parler de cette discipline, mais comme je suis toujours partante pour tester de nouveaux trucs et que plusieurs personnes me disaient que ce type avait changé leur vie, j’y suis allée. Le résultat a été catastrophique. Vraiment. Ce thérapeute qui obtient visiblement de très bons résultats avec d’autres m’a fait aller de plus en plus mal. De séance en séance, je sombrais. Il y avait parfois, rarement, des séances apaisantes. Mais c’était pour mieux plonger la fois d’après. C’est fou parce que je me sens pourtant suffisamment construite et adulte pour refuser d’aller vers quelque chose qui ne me fait pas du bien. J’avais l’impression qu’il « fallait » passer par ces séances qui me laissaient sans sommeil pendant plusieurs jours et avec un chagrin incommensurable pour aller mieux. J’en ai parlé avec pas mal de thérapeutes depuis, dont ma psy. Ils ont tous été très choqués par la méthode qui n’est absolument pas adaptée à une histoire familiale aussi compliquée que la mienne et m’ont dit que j’avais eu beaucoup de chance. La chance de me réveiller un matin de mai 2016 et de réaliser qu’il ne fallait plus jamais que j’y retourne. Ca ne veut pas dire que cette discipline est pourrie ni même que ce thérapeute est mauvais. Cela signifie juste qu’il faut savoir suivre son intuition. Quelle que soit la méthode choisie, une thérapie doit permettre de se sentir mieux. Si l’on se sent basculer dans une noirceur sans fond, si l’on stagne dans la dépression ou que les symptômes s’installent sans diminuer, alors il faut se dépêcher d’arrêter et trouver autre chose. Et comme on est tous différent, ce qui convient à votre meilleur ami ne sera peut-être pas adapté à vos besoins. A nous de trouver avec prudence ce qui nous allège l’existence. Retourner voir ma psy quelques séances à la rentrée 2016 m’a permis de dresser un bilan, de travailler de manière frontale sur un vieux dossier (vous savez ceux qu’on range dans un coin de son cerveau en espérant qu’ils disparaissent définitivement avec le temps) mais surtout de prendre conscience de la déconnexion entre mon corps et ma tête. Et c’est là que le yoga kundalini m’a beaucoup aidée. Les nombreuses méditations inclues dans cette pratique, la concentration et la présence à soi même, la mise en mouvement du corps au service de la libération du mental : toutes ces techniques m’ont permis de me sentir à nouveau entière dans mon « enveloppe ». Ma retraite « detox » à l’Ile Maurice en octobre dernier a également beaucoup accompagné cette prise de conscience. Je me suis aperçue que mon corps pouvait largement dépasser les limites que mon cerveau avait fixées jusqu’alors. En faisant la planche en équilibre sur les pieds de ma prof de yoga sur cette plage idyllique, j’ai eu une épiphanie : « je suis capable de faire ça, moi ? ». Ca changeait brusquement tout. Ca m’a donné envie d’aimer ce corps malgré tous les défauts que je lui trouvais. Je me suis sentie invincible. D’un seul coup, j’en faisais à nouveau mon allié.


Cette photo a été prise fin octobre 2016. Je ne suis pas prête d’oublier ce moment :-)


Voilà où j’en suis aujourd’hui. Et je voudrais ajouter quelque chose de capital : ce chemin que je partage avec vous n’est pas exemplaire. Je ne veux surtout pas que ce post génère des complexes ni qu’il vous pousse à entamer un régime. Je partage avec vous ce parcours personnel parce que vous êtes très nombreuses à me demander où j’en suis, mais je ne crois pas qu’on ait besoin de perdre du poids pour se sentir bien dans son corps. Je connais des femmes ultra inspirantes qui ne font pas du tout de sport et qui dégagent une authenticité fabuleuse, d’autres qui adorent leurs rondeurs et veulent continuer à les cultiver sans être jugées lorsqu’elles mangent une pâtisserie. Le principal est de trouver ce qui nous convient et si mon expérience peut aider ceux ou celles qui ont envie de se réconcilier avec leur corps, alors tant mieux. Le quotidien est beaucoup plus doux quand on ne passe plus ses journées à entendre une voie intérieure toxique répéter « t’es moche, t’es nulle, t’es grosse, quelle truie…  ». Quel espace libre gagné dans sa tête ! Souhaitons maintenant que ça dure. J’ai tous les doigts, les orteils et les cheveux croisés.



Cette photo date de février 2017


Ah oui et j’oubliais : je ne vous dirai ni combien de kilos j’avais pris ni combien j’en ai perdus. Je ne veux pas que ce post soit perçu comme une performance, ni qu’il soit réduit à des chiffres. J’ai toujours préféré la littérature aux mathématiques ☺ !



Une photo prise le 26 janvier 2017 (oui je porte les mêmes fringues que sur une autre photo au dessus, mais on s’en fout :-) le langage corporel en dit long : je n’aurais pas été capable d’adopter la même pose l’été dernier... Je me planquais