Le conte de la Princesse Kaguya

20/07/2014

Photographie issue du film d’Isao Takahata. Comme une aquarelle en mouvement...

Il y a un trésor diffusé en ce moment dans quelques salles de cinéma. Je ne sais même pas si le mot est à la hauteur de ce chef-d’œuvre. Hier après-midi, alors que la moiteur caniculaire était devenue irrespirable, nous avons traqué la fraîcheur dans une salle des Trois Luxembourg. Ma fille avait repéré les affiches du Conte de La Princesse Kaguya et réclamait de le voir. Ce qui nous semblait une très bonne idée vu combien nous avions aimé Le Tombeau des Lucioles ou encore Pompoko, deux films du même auteur Isao Takahata. J’espérais juste que ce ne soit pas aussi triste que Le Tombeau des Lucioles car j’imaginais mal ma fille supporter 2h17 de sanglots.

Photographie prise sur l’écran hier, pardonnez-moi Monsieur Isao Takahata, c’est juste pour donner envie d’aller voir ce chef d’oeuvre 
 
Il s’agit d’un conte traditionnel japonais, l’histoire d’une petite princesse trouvée dans une pousse de bambou et recueillie par un couple de paysans modestes. On ne sait pas d’où vient cette enfant qui grandit aussi vite qu’une branche de bambou. Mais sa joie et ses éclats de rire vont réussir à contaminer tout son entourage. Je m’arrête ici pour ne pas risquer de gâcher votre découverte. Cependant, je voudrais donner à ceux qui hésitent quelques raisons de s’y précipiter. Ce film m’a bouleversée. Par sa grâce supérieure, par la simplicité du dessin, par la fragilité des pastels et des demi teintes. On y retrouve le Japon dont je vous ai parlé pendant des semaines : ces fameux pruniers en fleurs que j’ai tellement photographiées, le raffinement de son artisanat et la rigueur de ses traditions impériales, ce besoin constant de se réconcilier avec la nature. Mais ce film est aussi une vraie leçon destinée aux parents. Nos enfants ne nous appartiennent pas. Ils grandissent toujours trop vite à notre goût. Pas le temps de respirer et les nourrissons ont des dents, marchent et parlent. Un battement de cil et c’est déjà l’heure d’aller les chercher à l’école, de surprendre leurs premiers mensonges, de veiller sur leurs chagrins d’adolescence. Quel que soit l’âge des enfants, le discours des parents au sujet du temps qui passe est toujours le même. Et puis, un jour, ces petites personnes deviennent de jeunes adultes qui n’ont plus besoin de leurs parents pour avancer sur leur chemin. A la fin du film, tout le monde pleurait dans la salle. Les enfants comme les adultes. Surtout les adultes d’ailleurs. Moi je n’étais qu’un flot continu de larmes les dix dernières minutes, incapable de parler en sortant. J’ai vu des papas plus âgés que moi avec des yeux tout aussi rouges. Etaient-ils nostalgiques de leur enfance heureuse ? Anticipaient-ils le départ futur de leurs propres petits ? Pleuraient-ils en pensant aux rêves auxquels ils ont renoncés pour satisfaire leurs parents ?
 
Photographie issue du film Le Conte de la Princesse Kaguya 
 
Et puis, au delà de l’histoire, il y a ce dessin dépouillé. Cette manière artisanale de nous toucher en profondeur avec un simple trait de fusain. L’une de mes scènes préférées est celle où la jeune princesse s’enfuit en pleine nuit. Elle galope pieds nus, se dévêtit de toutes les étoffes de soie qui alourdissaient sa démarche. Et le dessin se déshabille à son tour ne retenant que le mouvement, ou même l’idée du mouvement. C’est d’une beauté… Il faut aller voir ce film, je vous promets que vous ne le regretterez pas. Dans la salle, il y avait des enfants de plus de 5 ans. Aucun d’entre eux n’a perdu sa concentration pendant la durée du film. Tous sont sortis enthousiasmés. Bénéfice ultime : pas de bande son à voix déployée, pas de "libéréééééée, délivréééééée...." OUF !