Chez Aurélie Dorard à Bagnolet

6/10/2017


J’ai découvert le travail d’Aurélie Dorard grâce à Mai Hua qui m’a un jour offert trois pièces blanches et graphiques de cette céramiste. C’était il y a quelques années déjà. J’ai eu l’occasion de croiser Aurélie plusieurs fois depuis et je rêvais d’aller visiter l’atelier où elle met ses créations au point. Et puis, comme beaucoup d’envies que je liste avec l’espoir de les réaliser la semaine suivante, j’ai tardé. Infiniment… Mais j’y suis enfin arrivée cet été ☺. Un jour d’orage, entre moiteur tropicale et averses de désespoir, Géraldine Couvreur – ma nouvelle assistante dont je vous reparlerai tellement elle m’est précieuse et indispensable – et moi avons zigzagué pendant des heures dans les embouteillages au milieu des coups de klaxon agressifs. On avait le cerveau atomisé lorsqu’on est arrivé à Bagnolet devant la jolie maison d’Aurélie. Dès qu’on est entré dans l’atelier, on a eu l’impression que des mains invisibles nous massaient les tempes. Puis le cou. Le haut du cuir chevelu. Toute la chair du front s’est détendue au fil de la visite, reprenant sa place, sans la moindre crispation. Etait-ce la douceur de sa voix ? La poussière blanche issue du polissage qui floutait l’atmosphère ? Ou juste l’odeur sourde de la terre qui cuit à l’étouffée dans un four à haute température ? On s’est installé dans l’instant présent. Il s’est étiré infiniment. Et je vous propose de vous y lover à votre tour…





Photographies Lili Barbery-Coulon


Aurélie n’a pas commencé sa carrière professionnelle par le modelage. Comme beaucoup de céramistes, elle a eu une autre vie avant de mettre les mains dans la terre. Il y aurait d’ailleurs un article à écrire sur toutes ces personnes qui ont quitté un travail qu’elles maitrisaient pour se fondre dans l’argile. Diplômée d’une école de graphisme disparue depuis, Aurélie Dorard rêvait de faire « du volume  », de la scénographie ou du décor. Le hasard l’a cependant menée dans une agence derrière un ordinateur. « Cette vie attachée derrière l’écran ne me convenait pas » se souvient-elle. Alors, avec son compagnon de l’époque, elle crée une librairie à Paris dans le 11e arrondissement. Une aventure qui dure sept ans et au cours de laquelle elle commence à prendre des cours du soir de céramique. « Dès que j’avais du temps, je faisais des stages supplémentaires » raconte la créatrice. L’apprentissage la mène à un carrefour professionnel. Elle abandonne la librairie et s’installe à Bagnolet dans une maison suffisamment grande pour y créer un petit atelier donnant sur une cour verdoyante. Les lieux sont souvent importants dans le processus de création. Cet espace lui permet de concrétiser son désir tout en continuant à faire du consulting pour un agence de publicité, « un job alimentaire qui m’a laissé le temps de perfectionner les techniques que je ne maitrisais pas encore  ». Elle vend ses premières collections aux copains qui en parlent à leur tour à leurs amis. Son nom surgit dans les ventes de créateurs. Sa marque nait ainsi, de manière organique.






Photographies Lili Barbery-Coulon


Installée avec son assistante dans ce rez-de-jardin à la lumière vive, Aurélie explore la matière, les formes et les couleurs. Sur les étagères, elle a suspendu une palette de teintes cuites. Une ribambelle de petites cuillères en porcelaine qui la renseigne sur la transformation du pigment après son passage au four. Ici une collection de tasses évoquant des visages. Là une série de pièces mates mouchetées de gouttelettes brillantes. Un peu plus loin une expérimentation autour de couleurs pastels. Et puis, il y aussi ces coupes devenues emblématiques de son travail derrière lesquelles on perçoit son passé de graphiste. Un sommet enneigé qui surgit au milieu d’un bol, des pattes d’ours qui remplacent le pied d’un compotier : autant de clins d’œil poétiques pour diffuser de la joie dans les placards du quotidien.






Photographies Lili Barbery-Coulon


La céramique ne lui laisse pas d’autre choix que d’être présente à elle même. « La matière me fascine, elle m’oblige à être dans l’instant, à être connectée à moi même » dit-elle. Probablement un écho à sa passion pour le yoga qui dessine sa silhouette athlétique comme sa pensée. « Lorsqu’on pose l’émail sur une pièce, l’aspect peut complètement changer lors de la deuxième cuisson. Et c’est ça qui est magique. Il y a toujours une surprise à l’ouverture du four  ». Ce goût pour la matière et l’instant présent, elle le transmet dans chacun de ses objets mais aussi à travers les cours qu’elle donne aux amateurs dans son atelier de Bagnolet ainsi que dans un autre atelier à Montreuil. On l’a observée poncer délicatement le socle d’une de ses tasses, en train de surveiller la cuisson des assiettes au four puis conseiller son assistante en plein modelage. On a oublié nos téléphones, oublié l’heure, les embouteillages et les tâches à finir. On n’avait qu’une envie : remonter nos manches et prendre un rouleau à pâtisserie pour assouplir l’argile… D’ailleurs, je me suis promis de revenir pour prendre un cours !






Photographies Lili Barbery-Coulon


Les créations d’Aurélie Dorard sont en vente sur son site (de 22 à 29€ la pièce). N’hésitez pas à la suivre sur Instagram car elle participe à de nombreuses ventes de créateurs et en informe ses abonnés. Tarifs des cours : 300€ les 10 cours de 2h30 (places limitées à 5 personnes par cours), horaires en ligne sur son site. Aurélie peut aussi créer un cours pour trois à cinq ami.e.s sur demande.




Photographies Lili Barbery-Coulon