Mes parfums préférés de décembre 2017

11/12/2017


Je suis tellement heureuse de vous présenter cette série de photographies de Céline Saby. J’ai rencontré cette artiste grâce à un concours lancé sur le blog. J’avais mis en jeu un cours d’art floral chez Jo Malone et Céline faisait partie des gagnantes. En apprenant qu’elle était photographe, je suis allée voir son site après l’événement et je n’ai eu qu’une envie : collaborer avec elle. On a mis du temps à synchroniser nos montres avant de nous revoir. Et puis, je lui ai raconté que lorsque j’étais journaliste, la grande difficulté était de réunir les nouveaux parfums sous un même thème. Il faut parfois s’accrocher aux branches pour y parvenir. Lorsqu’on repère une tendance olfactive - le retour de la tubéreuse, les nouveaux bois de oud, les gourmands qui collent aux doigts… - les flacons s’accordent rarement sur le plan visuel. Or, comme le nombre de pages n’est pas exponentiel, il faut caser trois à sept fragrances sur la même photo. Bonjour la cacophonie ophtalmique. Certains journalistes ou stylistes ont un talent incroyable pour mettre en scène des produits qui n’ont rien à voir entre eux. Personnellement, j’ai toujours trouvé l’exercice laborieux et même plutôt casse-gueule au niveau du sens final pour les lectrices.teurs. J’enviais d’ailleurs les rédactrices.teurs qui ont la possibilité de ne mettre qu’un flacon par image comme j’ai eu la liberté de le faire, bien plus tard, à M le magazine du Monde. Récemment, j’ai rangé le placard où je conserve les dernières créations envoyées par les marques et j’en ai sélectionné dix. Ceux qui m’ont le plus touchée ces derniers mois. Ceux qui ont aiguisé ma curiosité. Ceux dont je n’arrive pas à me défaire même s’ils ne sont plus complètement nouveaux. Je n’ai eu aucun mal à en sélectionner vingt. Après moult tests sur ma peau et sur papier, voici les dix derniers. Ils n’ont pas vraiment de lien olfactif. Ni de trame visuelle collective. Ils me plaisent, tout simplement. Céline Saby s’est amusée à les mettre en scène avec la palette de couleurs dont elle a le secret. J’espère que ce sujet vous aidera à choisir le bon parfum pour vous ou pour vos proches.


Eau de parfum Savoy Steam de Penhaligon’s (photo en ouverture ci dessus)
J’aime beaucoup cette vieille marque de parfums anglais, fondée par le barbier William Penhaligon’s, célèbre pour son Blenheim Bouquet que Churchill adorait. Récemment rachetée par la famille Puig (qui est propriétaire des parfums Nina Ricci, Paco Rabanne, Prada…), la maison British dispose désormais de plus gros moyens. D’où le nombre plus important de lancements ces derniers mois. Ce Savoy Steam est une merveille et je veux vous en parler depuis un bout de temps. J’attendais la bonne occasion. D’abord, j’adore son étiquette assortie au tissu autour du col qui évoque une serviette de bain. Et puis, il y a ce nom qui signifie « vapeur de Savoy » qui agit sur mon cerveau comme une promesse. Savoy Steam fait référence aux bains turcs de Jermyn Street tels qu’ils existaient à la fin du XIXe siècle. Une vapeur, voilà un bien joli mot pour se mettre en condition avant de sentir une fragrance. Je n’ai aucune idée de ce que sentaient les bains turcs à Londres il y a plus de cent ans. J’associe naturellement l’adjectif « turc » à la rose puisqu’elle qualifie une variété qui pousse en Bulgarie. J’imagine que c’est l’une des raisons pour lesquelles le parfumeur Juliette Karagueuzoglou (vous l’avez peut-être aperçue dans l’une de mes instastories lundi dernier ?) a construit sa composition autour d’une « brume de roses ». Mais pas une rose trempée dans de la liqueur de pêche ni une rose alanguie dans du litchee comme celles qu’on nous propose partout. Pas une rose overdosée en musc blanc non plus. Encore moins une rose chyprée avec une tonne de patchouli. Non. Cette rose-là est un géranium aromatique. Les deux fleurs ont d’ailleurs de nombreux points communs lorsqu’on les sent à l’aveugle. Du coup, la sensation florale est beaucoup plus androgyne et légèrement camphrée. Ça vient sans doute de l’eucalyptus, du romarin et de l’essence de sapin baumier. Et puis, renversement de situation, Juliette a choisi de bâtir un socle ultra confortable, bien moelleux avec des notes baumées, résineuses, issues du benjoin et de l’encens. Je suis très difficile avec les parfums à la rose. Pourtant Olivier Polge (Parfumeur Maison de Chanel) m’a dit que tous les parfums que j’aimais chez Chanel en contenaient un paquet. Je ne m’en rends pas compte parce qu’elle est, dans le cas évoqué, au service d’une autre idée. J’ai plus de mal quand la rose est figurative. Ici, le résultat est juste magnifique, original, revigorant et aussi beau sur un homme que sur une femme. Avec une petite touche pharmaceutique qui n’est pas pour me déplaire. Eau de Parfum Savoy Steam de Penhaligon’s, 149€ les 100ml chez Nose



Beautiful Day de Castelbajac. Photographie Céline Saby


Beautiful Day de Castelbajac
Il faut toujours prendre le temps de sentir un parfum avant de le juger. Ne vous faites pas avoir par une campagne publicitaire réussie (en même temps, en ce moment c’est assez rare) ou par un flacon qui fait rêver. Prenez le temps de porter une fragrance quelques jours pour vous laisser apprivoiser ou au contraire pour vous rendre compte avec certitude que cette signature-là n’est pas pour vous. Je vous dis ça mais je fais souvent le contraire : je reçois tellement de flacons chaque semaine que je juge évidemment d’abord l’apparence pour faire un premier tri mental. Le graphisme. Le nom du créateur. Les évocations naturelles d’une marque statutaire ou ringarde. Chaque détail m’influence, que je le veuille ou non. Si j’aime beaucoup le personnage de Jean-Charles de Castelbajac et que je trouve ses dessins à la craie toujours poétiques quand j’ai la chance d’en croiser un dans la rue, je n’ai jamais été attirée par sa mode que je connais mal. Ce flacon n’était donc pas celui qui m’attirait le plus lorsqu’il est arrivé au milieu de bouteilles signées Aesop, Byredo ou Perfumer H. Mais j’ai pris le temps de sentir. Téléportation immédiate en CM1 dans la classe de Madame Grenelle de l’école Guillaume Apollinaire à Orléans. Sur mon pupitre, un fascicule rouge rempli d’images dans lequel je découpe des illustrations pour les coller dans mon cahier de travaux pratique. Des illustrations d’hommes préhistoriques ou peut-être de rois de France. A gauche, sur la table, un petit pot blanc affublé du profil de Cléopâtre. Et cette extase olfactive à l’ouverture de la colle blanche : une senteur d’amande qui me fait saliver et me donne envie de lécher la pâte à l’intérieur du pot. Cette colle blanche, plus aucun enfant ne l’utilise aujourd’hui. Mais elle a marqué des générations de gosses dont je faisais partie. En 2001, Jean-Charles de Castelbajac a lancé un parfum composé par le génie Maurice Roucel. La composition s’appelait Doudou et sentait la colle blanche. Lorsqu’elle a disparu, il y a eu des centaines de client.e.s orphelin.e.s de leur sillage fétiche. Et puis, on a fini par l’oublier. Jean-Charles de Castelbajac a lancé en avril 2017 un nouveau parfum composé par le même nez. Comme je n’ai pas Doudou sous le nez, je suis bien incapable de vous dire avec précision ce qui distingue les deux formules. Dans le nouveau parfum, on retrouve instantanément l’amande qui est désormais connotée à toutes les boissons végétales qui remplacent le lait de vache à l’heure du petit-déjeuner. Un petit effet torréfié, puis la senteur s’évanouit pour laisser le cœur floral s’exprimer. Si vous aimez la fleur d’oranger et les odeurs de linge de bébé, ça risque de vous plaire. Le fond est très rond, bien moelleux, avec de la vanille et de la fève tonka (qui évoque aussi l’amande). C’est un parfum qui devient très discret après une demi-heure sur la peau, idéal pour quelqu’un qui a besoin de souplesse, de réconfort et de régression tendre. Beautiful Day de Castelbajac, 59,99€ les 60ml en exclusivité chez Marionnaud



English Oak & Hazelnut Cologne de Jo Malone. Photographie Céline Saby


English Oak & Hazelnut Cologne de Jo Malone
Faites attention au mot Cologne. Si vous pensez qu’il désigne une appellation contrôlée ou une formule olfactive, ce n’est pas le cas. Enfin, si : l’Eau de Cologne fait évidemment référence au parfumeur italien Jean-Marie Farina qui s’installa en Allemagne au XVIIIe siècle puis se fit connaître avec une composition fraîche dont Napoléon raffolait. Mais aujourd’hui, quand on vous parle de « Cologne », c’est rarement en référence à la composition d’origine mêlant une brassée d’agrumes à des essences aromatiques. Ça ne signifie pas non plus qu’un parfum baptisé « Cologne » est moins concentré qu’un autre, contrairement à ce que j’entends sur les points de vente, puisqu’aucune législation ne s’occupe d’aller vérifier les proportions employées. Sous la bannière « Cologne » on trouve, au fond, tout et n’importe quoi. C’est juste une manière pour les marques de faire surgir dans nos têtes un kaléidoscope d’images : le « splash », la friction, la légèreté, la mixité, la discrétion sur la peau, la propreté en sortant de la douche, l’universalité d’une formule, l’intemporalité. Pas mal en un seul mot ?! En anglais, c’est encore plus flou puisque les Américains utilisent parfois « Cologne » comme synonyme de parfum. Chez Jo Malone, tous les parfums sont appelés « Colognes ». Et tous ne sont pas légers ou saturés d’agrumes. Celui-ci fait l’effet d’un sous-bois à l’automne avec une note de noisette fraiche en tête que j’adore. Bim, retour à l’école Guillaume Apollinaire de mon enfance où un grand noisetier trônait dans la cour. En septembre, à chaque rentrée scolaire, on se battait pour ramasser les noisettes encore vertes, tombées de l’arbre. On les écrasait avec nos semelles en crêpe et on passait un temps fou à décortiquer la chair du fruit de la coque en millier d’éclats. Mais cette impression de noisette fraîche ne s’agrippe pas à l’épiderme. Très vite, elle s’évanouit au profit d’une colonne vertébrale de bois. Bois sec et fusant – cèdre – bois terreux – vétiver – bois humide et pourtant subtilement fumé – une nouvelle note de chêne à l’effet toasté. Sur cette trame, on sent la résine d’élémi, un ingrédient qui paraît aussi épicé que du poivre noir, givré comme des baies roses, avec en prime une facette aromatique (« les aromatiques » ou les « notes agrestes », c’est la famille des lavande, romarin…). La résine d’élémi me semble toujours « masculine » car elle est copieusement utilisée dans les fragrances adressées aux hommes. Si vous cherchez un parfum boisé très diffusant, vous risquez d’être déçu. Ici, on est dans le murmure, pas dans la symphonie. Personnellement, j’aime assez les parfums qui ne dévorent pas tout le volume d’une pièce. Je l’imagine bien sur un homme discret qui n’aime pas que l’attention soit polarisée sur lui. Ou sur une femme en quête d’androgynie et de subtilité. Et il est signé du parfumeur Yann Vasnier. English Oak & Hazelnut Cologne de Jo Malone, 104€ les 100ml



Sole di Positano de Tom Ford. Photographie Céline Saby


Sole di Positano de Tom Ford
Lorsque Tom Ford a lancé sa ligne de parfums éponymes en 2007 (au sein du groupe Estée Lauder), les prix étaient si vertigineux que je me demandais bien qui allait faire leur succès. J’imaginais que ce positionnement ultra luxe était une stratégie pour 1) se distinguer des autres marques de niche – pourtant déjà très coûteuses 2) cibler la clientèle fortunée du Moyen Orient et de la Russie. La ligne Private Blend contenait tellement de parfums que je n’ai pas mémorisé chacun d’entre eux et je suis passée à côté de Neroli Portofino. J’aurais du être plus attentive car cette fleur d’oranger toute puissante (le néroli est l’essence qu’on obtient lorsqu’on distille la fleur d’oranger à la vapeur d’eau), accompagnée d’écorces d’agrumes bien frais et d’un déluge d’ambre et de muscs blancs ne s’est pas contentée de bien marcher. Elle a initié un mouvement. Evidemment, Tom Ford n’était pas le premier à proposer un néroli musqué. Mais il est allé un cran plus loin que les autres, un peu comme s’il avait amplifié le son de ces ingrédients. Enfin, je dis « il » mais vous avez compris qu’il y a un parfumeur derrière ce jus ? En l’occurrence c’est Rodrigo Flores-Roux que je n’ai jamais eu l’occasion de rencontrer. Résultat : Néroli Portofino est devenu un carton en quelques mois, malgré son prix. Et toutes les autres marques lui ont emboité le pas. Si bien que pour se distinguer, Néroli Portofino dispose désormais de son propre flacon turquoise et d’une palette de déclinaisons (version Forte, spray pour le corps, savon…). Ils sont drôlement malins chez Tom Ford, parce qu’ils ont eu l’idée de proposer le parfum en format 30ml avec un prix plus attractif (même si ça reste cher). Du coup, après avoir récemment lancé une sublime série de parfums autour d’une note verte qui a d’ailleurs reçu le Prix des Experts de la Fragrance Foundation en juin 2017 (Vert des Bois, Vert d’Encens, Vert Bohême), la marque a élargi sa gamme turquoise au printemps 2017. L’inspiration reste la même : l’Italie sillonnée d’agrumes en fleurs, les notes agrestes qui poussent au bord de la mer, de la fraicheur unisexe, une serviette immaculée sur un corps encore humide… Pour Sole di Positano, on part sur la côte amalfitaine, dans l’un de mes lieux préférés au monde. On s’imagine à l’hôtel Sirenuse, face à la mer, au petit jour, en train de prendre un morceau de biscuit imbibé à la fleur d’oranger. La composition est moins zestée et beaucoup plus florale que Neroli Portofino. Je distingue très bien l’ylang-ylang qui n’est pas une fleur facile car elle segmente toujours la clientèle. L’ensemble est doux, réconfortant, avec toujours cette signature « linge propre », fil conducteur de la collection. Une valeur sûre pour toutes celles et tous ceux qui cherchent à entendre : « hum, tu sens bon… ». Sole di Portofino de Tom Ford, 197.50€ les 50ml chez Sephora



Superstitious d’Alber Elbaz par Frédéric Malle. Photographie Céline Saby


Superstitious d’Alber Elbaz par Frédéric Malle
Ça fait des mois que je veux vous parler de cette merveille signée du nez Dominique Ropion. S’il y a bien un duo qui fonctionne dans l’industrie du parfum, c’est celui que forme Frédéric Malle avec Dominique Ropion. Ces deux-là ont le don de formuler des chefs d’œuvre lorsqu’ils se renvoient la balle. Je pense notamment à Portrait of a Lady, Géranium pour Monsieur, Carnal Flower ou encore à Vétiver Extraordinaire. Avant même de sentir, l’accolade de leurs deux signatures représente un gage de sérieux, de qualité et d’émotions à venir. Ils ont toujours plusieurs pistes olfactives en cours. Il leur arrive de s’épuiser sur une voie qui se trouve sans issue. Ou de se hisser, parfois, sur un Everest. J’aimerais bien assister à l’une de leurs séances de travail. Pour voir la maniaquerie de Frédéric se télescoper avec la rigueur scientifique de Dominique. Ils œuvraient depuis longtemps sur l’élaboration d’un floral aldéhydé lorsque Frédéric Malle a rencontré Alber Elbaz et a proposé de lui créer un parfum, comme il l’a fait pour Dries Van Noten. « Alber Elbaz voulait l’odeur d’une robe et à l’image des robes d’Alber dont, on ne devine pas l’architecture, je voulais lui offrir un vrai classique, un parfum dont la qualité est évidente, mais dont on ne peut pas devenir les ingrédients qui le composent » raconte Frédéric Malle. Il lui fait alors découvrir ce floral aldéhydé sur lequel Dominique planche depuis des lustres. Coup de cœur absolu du créateur de mode. Bon, mais c’est quoi un floral aldéhydé ? C’est un parfum qui contient des fleurs et des aldéhydes, ces fameuses molécules dont on parle toujours lorsqu’on fait référence au N°5 de Chanel. Les aldéhydes, ça sent le fer chaud posé sur un col de chemise amidonné. Les solvants qui émanent d’une blanchisserie. Je trouve que ça sent aussi un peu la cire de bougie (pas la cire d’abeille, plutôt un côté paraffine), la savonnette d’antan et le métal. Lorsqu’on les ajoute à un parfum, elles floutent tout sur leur passage. Et puis je leur prête une qualité émotionnelle : je les vois comme des notes un peu méchantes qui mordent la formule. Je ne vais pas vous refaire l’historique du N°5, d’autres l’ont déjà parfaitement écrit avant moi. En outre, Superstitious n’a rien à voir avec ce parfum. C’est bien plus tard qu’il faut chercher ses racines. Si vous connaissez et si vous avez aimé White Linen d’Estée Lauder, Calèche d’Hermès, Calandre de Paco Rabanne (adoration pour ma part) ou encore Rive Gauche d’Yves Saint Laurent (merveille portée également), vous allez forcément aimer Superstitious. Or Frédéric Malle et Dominique Ropion ont eu l’intelligence de faire de cette architecture olfactive mythique un parfum d’aujourd’hui. Certes, il ne plaira pas à tout le monde. Je l’imagine plus sur une femme de mon âge que sur une gamine. Il donne envie de faire un effort vestimentaire (traduction : ne pas trainer en active wear comme je le fais beaucoup trop depuis que je me suis mise au yoga), de redresser son cou et de resserrer ses omoplates. Une goutte sur la peau suffit à nous plonger dans une atmosphère cinématographique. Il réveille la séduction fatale logée en chacun.e de nous et fait surgir toutes les héroïnes aux cheveux crantés, un fume-cigarette à la bouche. C’est un très grand parfum. Et je suis contente qu’il existe à une époque où les marques, même « confidentielles », se contentent d’essayer de plaire au plus grand nombre. Superstitious d’Alber Elbaz par Frédéric Malle, 180€ les 50ml, 260€ les 100ml



Glossier You de Glossier. Photographie Céline Saby


Glossier You de Glossier
Je sais : vous en avez marre que je vous parle de cette marque qui n’est vendue en France que dans un point de vente à Paris (Colette) sur le point de fermer (le 20 décembre 2017). Néanmoins, la situation devrait s’améliorer en 2018... Inutile de commander aux Etats-Unis, il y a désormais plus proche de la France puisque la marque d’Emily Weiss est disponible sur le sol britannique. Toujours pas de livraison en France mais vous avez peut-être un.e ami.e à Londres qui peut réceptionner votre commande et vous la faire parvenir par la poste ? Alors, comment il est, ce tout premier parfum Glossier ? Et bien, il montre à quel point mon amie Emily Weiss est brillante. En février, lorsqu’elle m’a dit qu’elle bossait sur un parfum (elle m’avait d’ailleurs montré quelques flacons qui n’ont finalement pas été choisis), j’étais à peu près certaine qu’elle allait faire une fleur d’oranger avec beaucoup de musc blanc. Glossier est une marque « inclusive », c’est à dire à l’opposé de l’exclusion et du snobisme habituellement prônés par les labels de luxe. Elle cherche à s’adresser au plus grand nombre sans faire la leçon aux femmes puisqu’Emily est convaincue que sa communauté est déjà extrêmement éduquée sur tous les sujets beautés par les réseaux sociaux, les blogs et les chaines de Youtubeuses. Du coup, je me disais qu’elle allait faire un parfum commercial et de bon goût (si, si, c’est possible, si on s’autorise à éliminer d’office la tartinade de notes fruitées collantes et le sirop de guimauve qui va avec). Or Glossier You est beaucoup plus original que ce que je m’étais imaginée. D’abord, il ne hurle pas sur la peau alors que c’est le premier critère recherché par la clientèle américaine. Ensuite, il ne sent pas « la fille » telle qu’on la caricature en parfumerie, au milieu d’un champ de roses ou de jasmin. Glossier You chuchote. Il faut lui laisser le temps de s’installer sur la peau car la plupart des molécules utilisées dans la formule s’évaporent lentement (les fameuses « notes de fond »). C’est une trame olfactive sur laquelle on va pouvoir vaporiser son parfum habituel ou juste s’inventer sa propre histoire. Quand l’équipe d’Emily me l’a fait sentir à l’aveugle au moment du lancement chez Colette, j’ai reconnu l’ambrox, cette note de synthèse qui est très difficile à décrire quand on ne l’a jamais senti seule. Ça sent le duvet sur la peau, le labdanum, le bois, un peu le musc aussi, légèrement animal mais pas trop, c’est très doux et ça tient longtemps. Le parfum contient aussi de la graine d’ambrette, un ingrédient que j’adore qui évoque d’abord la poire et se métamorphose en musc blanc. Glossier You est bien évidemment gorgé de muscs avec des accents d’iris et de bois. Je le trouve assez androgyne pour un parfum destiné à une clientèle féminine dans un flacon rose. Est-ce qu’il révolutionne l’industrie sur le plan olfactif ? Non. Néanmoins ce qui est vraiment audacieux c’est d’avoir fait un choix pareil pour un lancement aussi stratégique. Ca m’épate. Emily s’autorise tout. Même l’introduction du rouge alors qu’on croyait sa marque condamnée au millennial pink. Cette fille et son équipe me sidèrent… Glossier You de Glossier, 50€ les 50ml en vente jusqu’au 20 décembre 2017 chez Colette, 213 rue Saint-Honoré, Paris 1er, Tel : 01 55 35 33 90 




Velvet Haze de Byredo. Photographie Céline Saby


Velvet Haze de Byredo
Ouh là là ce que ce parfum est élégant ! Avis aux amateurs de patchouli, de notes boisées, racées, de volume dans le sillage et de charisme, cette fragrance pourrait bien vous envouter. Le patchouli est une matière qui me fascine mais que je ne peux pas porter. Je l’aime infiniment sur les autres. Mais sur moi, si elle est puissamment dosée, elle me donne mal à la tête. Et ça m’exaspère car je trouve cet ingrédient magnifique. D’ailleurs, celles et ceux qui le portent le savent bien : lorsqu’on l’aime, on entre en religion et on le traque dans n’importe quelle composition. Dans ce nouveau parfum de Byredo dont le nom fait référence aux sensations puisées dans les paradis artificiels, la feuille de patchouli figure en héroïne de la première seconde jusqu’à la dernière trace sur la peau. Mais plutôt que d’être accolé à un grand bouquet floral, l’ingrédient est ici associé à une facette lactée effet « eau de coco », à de l’ambrette qui amplifie la douceur de la noix et un absolu de cacao (une extraction aux solvants de la fève de cacao) en fond. La preuve qu’on peut utiliser des notes gustatives sans basculer dans le gros gâteau bourré de crème au beurre. Le résultat est super chic, aussi velouté que son nom, hyper sensuel. Je l’imagine sur un homme autant que sur une femme. Exactement le parfum qui fait l’illusion d’une allure même quand on est en jean et en t-shirt. Velvet Haze de Byredo, 98€ les 50ml




Miu Miu L’Eau Bleue. Photographie Céline Saby


Miu Miu L’Eau Bleue
Lorsque Miu Miu a lancé son tout premier parfum en 2015 (au sein du groupe Coty qui développe aussi les parfums Chloé, Balenciaga ou encore Marc Jacobs…), je redoutais un parfum de teenager rose bubblegum, boosté aux arômes alimentaires. Pourtant, la marque a fait un tout autre choix. D’abord un flacon – magnifique – turquoise et opaque : un ovni au milieu des bouteilles rose transparentes. Ensuite, une campagne publicitaire délicate, vraiment jolie, avec Stacy Martin. Comme si la fille de Don Draper avait grandi, qu’elle était devenue Youtubeuse, mais restée bloquée dans les années 1960. Et puis la fragrance composée par Daniela Andrier : un muguet dans une infusion de poire, évitant l’écueil de toutes ces notes fruits rouges qu’on ne peut plus distinguer les unes des autres. En avril 2017, Miu Miu a lancé L’Eau Bleue, son second parfum, photographié ici par Céline Saby. Alors, elle est tout sauf « bleue » cette nouvelle essence. Evidemment, c’est tout à fait subjectif vu que la couleur bleue n’a pas une odeur bien définie. On retrouve le muguet de la première fragrance, mais la poire est cette fois mise en sourdine. Après un départ très vert, effet gazon fraichement coupé, la fleur du premier mai apparaît cette fois beaucoup plus humide. Un peu comme si on l’avait cueilli encore fermé à l’aube lorsque les clochettes sont couvertes de rosée. Au milieu du bouquet, je perçois bien la rose et des notes jasminées. Et si je devais offrir un parfum à une adolescente ou à une jeune femme pour Noël, ce serait cette Eau Bleue de Miu Miu sans hésiter un seul instant. Je l’offrirais comme on m’a offert les fragrances de Cacharel quand j’étais gamine (enfin, sur le plan olfactif, ne cherchez pas de point commun, il n’y en a pas). Je trouve chaque détail intelligent et j’imagine combien certains ont du se battre en interne pour imposer cette histoire de muguet et ce flacon… bravo à ces courageu.ses.x ! Miu Miu L’Eau Bleue, prix de vente conseillés : 55€ les 30ml, 80€ les 50ml




II de Trudon. Photographie Céline Saby

II de Trudon
Connue pour ses bougies parfumées, la marque Trudon ne s’était pas encore aventurée sur le chemin des fragrances pour la peau. Il y a quelques années, ils ont lancé des vaporisateurs pour l’intérieur – qui paraît-il ont été adoptés par certain.e.s client.e.s. Depuis septembre 2017, il existe désormais cinq compositions signées Trudon - Bruma, Olim, II, Révolution et Mortel – imaginés par les parfumeurs Antoine Lie (Bruma), Yann Vasnier (Mortel) et Lyn Harris (les trois autres). Julien Pruvost qui dirige la création chez Trudon ne s’est pas contenté d’envoyer un brief à chaque nez. Il a souhaité leur faire vivre une expérience en les conduisant dans des lieux particuliers avec l’aide d’une sophrologue qui leur a permis d’observer leurs sensations et leurs émotions à l’instant présent. Mon préférée de la collection s’appelle II, c’est à dire deux en chiffre romain. C’est une eau fraîche très très verte. Vous l’aurez compris : dès qu’un parfum contient des notes vertes, qu’elles soient synthétiques (cis-3-hexenol : pelouse qui vient d’être tondue) ou naturelles (galbanum, lentisque…), la moitié du chemin pour me conquérir est fait. II de Trudon est aussi très riche en orange amère, en pin, poivre et en fleurs de genévrier, autant de notes qui accompagnent l’élan du vert à la surface du nez. Et puis, si vous prenez le temps de laisser le parfum s’installer sur votre poignet, vous sentirez probablement un fond beaucoup plus chaud, plus confortable. Lyn a choisi d’associer le cèdre à l’encens, à l’ambroxan (ambrox ou ambroxan, c’est la même chose, je vous invite à lire le texte sur Glossier You pour comprendre ce que ça sent) et au cashméran, une autre molécule addictive de synthèse, boisée, à peine vanillée (en parfumerie on dit « balsamique », car la vanielle fait partie des baumes, ces notes rondes comme le benjoin qu’on trouve dans les notes de fond). Une fois sur la peau, on n’a plus qu’une seule envie : se barrer vivre à la campagne ! Les autres fragrances de la collection méritent vraiment d’être senties et portées. Je pense notamment à Bruma qui est une merveille si vous aimez l’iris, la violette et les surprises à retardement. II de Trudon, 180€ les 100ml



L’Eau d’Issey Pure. Photographie Céline Saby 


L’Eau d’Issey Pure
Bon ben j’ai plus d’un an de retard. En même temps, c’est merveilleux d’avoir la liberté de vous parler de ce que je considère encore comme une nouveauté près de dix-huit mois après sa mise à disposition sur le marché. Je n’ai jamais porté L’Eau d’Issey. Bien sûr, je connais son sillage unique créé par Jacques Cavallier en 1992. Il a provoqué une véritable révolution olfactive en introduisant la calone, une note de synthèse qu’on utilise souvent pour traduire une idée d’embruns et de bord de mer bien que je trouve que ça ne sent pas ni la Bretagne ni la Corse. Pour moi, la calone, ça sent le melon d’eau, la pastèque et tous ces fruits aqueux pas trop sucrés qu’on dévore l’été. C’est un ingrédient très particulier, qu’on adore ou qu’on déteste et qui, grâce à L’Eau d’Issey, puis à Acqua di Gio de Giorgio Armani, a marqué toute une génération dans les années 1990. La difficulté pour une marque comme Issey Miyake est à la fois de proposer des nouveautés (sans nouveauté, vous disparaissez silencieusement des comptoirs des parfumeries) tout en soutenant ses piliers fondateurs… Ce genre d’exercice est archi casse gueule, je ne vais pas citer toutes les marques qui se sont plantées sur le sujet, il faudrait que j’ouvre un nouveau blog entièrement dédié au massacre de chefs d’œuvre. Mais là, c’est Dominique Ropion qui est aux manettes de ce nouvel opus baptisé L’Eau d’Issey Pure : vous pouvez détacher votre ceinture de sécurité, pas de turbulence en vue ! Dominique a évidemment abordé la tâche avec beaucoup de respect pour le travail de Jacques Cavallier (désormais en charge de la création des parfums Louis Vuitton). Il a introduit une nouvelle note « marine », Maritima, un « captif » d’IFF (c’est un jargon pour dire que c’est un ingrédient de synthèse exclusif qui n’appartient qu’à IFF, la société de parfums qui emploie Dominique Ropion et vend les formules aux marques que vous connaissez), beaucoup d’oxygène et une grande dose de fleur d’oranger. Cette nouveauté reste fidèle au socle historique de son ainé tout en proposant un souffle d’aujourd’hui, peut-être un peu plus doux, un peu plus blanc. L’Eau d’Issey comme l’eau d’Issey Pure ne sont pas des parfums que je vais porter. Mais je les aime et j’ai envie de les encourager car ils dénotent franchement avec ce que je reçois à longueur d’année. Il y a une douceur universelle dans le dernier qui n’est absolument pas genrée et dont on a bien besoin actuellement. L’Eau d’Issey Pure d’Issey Miyake, 79€ les 50ml, 50€ les 30ml


J’espère vraiment que ce - long- sujet vous a plu, qu’il va vous donner envie d’aller sentir de nouveaux parfums... Please, livrez-moi vos impressions si vous connaissez les jus évoqués, ça me ferait tellement plaisir de recueillir vos réactions ! Bonne semaine à tous !