Les fruits, ça se mange !

10/07/2012

Photographie Ma Récréation. Le Marché de la Boqueria à Barcelone

Hier, j’ai assisté à une présentation sur l’avenir de la parfumerie chez Symrise, une société qui compose et fabrique des fragrances pour des clients luxueux comme des géants de la savonnerie. L’idée : tracer des profils type des consommateurs de demain à l’aide d’analyses marketing, d’observations sociologiques et d’études quantitatives et imaginer les parfums qui pourraient leur correspondre. Ce genre de conférence tournée vers le futur permet aux journalistes de puiser des idées pour leurs articles mais surtout aux sociétés comme Symrise de défendre des courants olfactifs auprès de leurs clients. Quelques parfumeurs étaient présents pour nous expliquer comment ils voyaient les « eaux » de demain ou les senteurs qui pourraient créer du « bonheur ». Parmi elles, une note fruitée exotique s’était glissée comme si elle s’était échappée d’un bar à smoothies. Et l’idée que le futur fasse encore la part belle aux notes gustatives m’a déprimée. On n’en peut plus de sentir ce que l’on mange sur la peau. Un jour, j’ai interviewé une psychanalyste sur ce sujet qui m’avouait qu’elle considérait cette tendance comme une régression au stade oral de la sexualité. Est ce qu’il n’y a pas d’autres façons de séduire qu’en envoyant le signal qu’on aimerait être dévoré ? Le pire dans ce courant dont on n’arrive pas à se déconnecter c’est que tous les professionnels de ce milieu, des parfumeurs aux experts du marketing en passant par les journalistes, les directeurs olfactifs des marques prestigieuses, les évaluatrices, les attachées de presse, les présidents, TOUS, avouent en off qu’ils en ont assez. Certains sont même honteux et n’en parlent même plus dans leurs dossiers de presse. Ca sent le fruit, parfois le sucre, la praline, le chocolat, la vanille à tout va mais on ne le revendique plus. On préfère focaliser sur l’extraction des fleurs qu’on ne perçoit pas toujours au nez nu. A qui la faute ? Je vous renvoie au papier que j’ai écrit ici sur les tests, qui est toujours et plus que jamais d’actualité. Un lycéen passionné de parfums, qui était présent à cette présentation hier, disait que lorsqu’il faisait sentir des belles matières à ses copains, ils étaient tous sous le charme et qu’il suffirait de proposer des produits différents pour éduquer les jeunes. Seulement, le problème touche tout le monde, même les moins jeunes qui se croient élégantes avec une tonne de frambinone dans le cou. Un peu comme si elles ne faisaient pas le lien entre l’arôme chimique d’un yaourt Velouté Fruix et la tête de leur parfum. Je ne suis pas en train de dire qu’il faut éradiquer le fruit des fragrances (un peu quand même). Je reconnais que lorsqu’il est utilisé avec subtilité ou intelligence, il peut donner vie à des merveilles. Mais essayons d’envisager l’avenir autrement. Sans systématisme. Sans recette qui gagne à tous les coups. En faisant confiance à l’intelligence du consommateur…