L’Exposition Subodore de Chantal Sanier

8/09/2017


Il y a ces jours où le ciel est noyé dans la fumée. Nuages lourds couleur bitume. Plomb stratosphérique qui pèse sur les épaules comme ces centaines d’emails auxquels je n’ai toujours pas réussi à répondre. Hier, j’ai commencé la journée avec l’impression d’être envahie. Colonisée par trop d’informations. Par trop de décisions à prendre. Et puis, au fil des heures, tout s’est clarifié. Il suffisait seulement de retrouver ma boussole intérieure. Elle m’a guidée chez les Astier de Villatte qui présentaient à la presse leurs nouveautés enthousiasmantes et les sublimes dessins de Lou Doillon dont ils ont fait un livre et quelques tasses irrésistibles. J’ai repris ma course et je me suis retrouvée dans les jardins du Palais Royal. Je n’ai pas eu le temps de regarder le foisonnement des fleurs en plein cœur. J’allais droit vers Chantal Sanier, compteuse d’histoires synesthésiques, dont je vous ai déjà parlé lorsque je l’ai rencontrée dans son laboratoire poétique où elle ensorcelle les matières premières végétales pour les métamorphoser en parfums. Chantal est la personne lumineuse derrière la marque Odeurs de Sainteté, découverte justement chez Astier de Villatte il y a quelques années. Nous nous suivons depuis, avec bienveillance et affection réciproque. On se connaît mal. Et au fond, on se connaît très bien. Parce que quelque chose de silencieux et d’imperturbable résonne en elle comme en moi et nous relie d’une manière mystérieuse.


Photographie Lili Barbery-Coulon


Chantal Sanier vient d’inaugurer Subodore, une exposition olfactive à couper le souffle dans la cour du Palais Royal. Sous les colonnes qui séparent la cour du jardin, sont installées dix sphères gigantesques en céramique. Délicatement posés sur des cercles de métal doré, ces récipients matriciels contiennent des parfums composés exclusivement à partir d’ingrédients végétaux. Ces œuvres ont été inspirées par dix personnages historiques qui ont marqué ces lieux. Le Cardinal Richelieu, Anne d’Autriche, Molière ou encore Camille Desmoulins livrent ainsi une photographie odorante de leur histoire, capturée par l’intuition de Chantal Sanier. On plonge sa tête vers le centre de la sphère. On s’incline et on vient écouter le murmure des odeurs comme on approche un coquillage à l’oreille pour entendre le souffle de l’océan. Sur chaque colonne, quelques lignes signées de Chantal nous indiquent de quelle personnalité le parfum est le témoin. Juste au dessus de nos têtes, des voiles de latex végétal se laissent emporter par le vent, accompagnant le souffle de la fragrance vers les cieux.


Photographie Lili Barbery-Coulon


Je suis restée un moment à sentir et observer les visiteurs aimantés par la beauté de l’œuvre. Un groupe de personnes handicapées passait par là. Les sphères en terre cuite sont fragiles, on ne doit ni poser ses mains ni appuyer le poids du corps en se penchant vers le diffuseur olfactif. Leur accompagnatrice surveillait leurs mouvements comme du lait sur le feu. Dans une chorégraphie délicate et attentive, ils ont senti tour à tour, prononcé quelques mots, tandis que d’autres restaient silencieux. Quelques minutes plus tard, un autre visiteur au visage séduisant, comprenant que la personne avec laquelle je discutais était l’auteure de l’exposition, s’est jeté sur nous pour déclarer sa joie d’avoir fait pareille expérience, un jeudi après-midi. Inutile de connaître le parfum ou les références historiques pour apprécier ce parcours sensoriel. La magie opère à notre insu.


Photographie Lili Barbery-Coulon


Chantal et moi nous sommes ensuite installées à la terrasse d’un café, Place Colette. J’avais encore beaucoup à faire. Mais je voulais m’installer dans l’instant présent. Et j’ai eu accès à un échange pur, d’une grande sincérité. Chantal Sanier écoute le vivant pour servir son énergie créative. L’ingrédient vivant. La matière vivante. Tous les vivants. Les gens comme elle sont des ovnis dans notre époque si formatée. Je suis heureuse que son travail soit honoré et offert à tous, gratuitement, dans cette cour du Palais Royal. Venez. Courez voir cette merveille. Amenez ceux que vous aimez en les prévenant qu’il faut prendre grand soin des céramiques. L’exposition Subodore est accessible de 10h30 à 18h30 jusqu’au 21 septembre 2017 dans la cour du Palais Royal. Et bientôt, Chantal Sanier ouvrira sa galerie olfactive dans les galeries du jardin du Palais Royal. Patience…