Melanie Herring à Brooklyn

27/03/2017


Samedi, je vous parlais de Sunday in Brooklyn, une pépite pour aller bruncher ou déjeuner près de l’East River. Je vous emmène aujourd’hui dans un autre quartier de Brooklyn, à la rencontre d’une thérapeute d’un genre nouveau : Melanie Herring. Mon amie Violette, la make up artiste Française expatriée à New York, était sûre qu’elle allait me plaire, connaissant mon goût pour le développement personnel et les techniques énergétiques. Je l’ai contactée par email à la dernière minute avec peu d’espoir d’obtenir un rendez-vous. Par chance, un créneau venait de se libérer et elle m’a reçue dans son petit appartement situé à côté de la station de métro Graham Avenue. Je ne savais pas à quoi m’attendre, j’avais à peine eu le temps de lire les informations de son site internet. La recommandation de Violette avait suffit à attiser ma curiosité. Je ne savais qu’une seule chose au sujet de Melanie, son métier : facialist healer. Tout un programme ! En anglais, « facial » signifie soin du visage et cela inclut l’idée d’un nettoyage profond et d’une métamorphose de la peau. « Healer » pourrait être traduit par « guérisseur ». Mais il s’agit plus de guérison énergétique que de pouvoirs magiques ou de talents de rebouteux (même si toutes ces thérapies sont liées par une même perception accrue, qu’elle soit innée ou développée au fil de la vie). Le terme plus juste à mon sens serait « réparateur »…


Photographie Lili Barbery-Coulon. Le cabinet de Melanie Herring


L’idée qu’on puisse croiser un soin du visage avec une discipline énergétique ou réparatrice puissante n’est pas nouvelle. Dans la médecine traditionnelle chinoise, on sait que le visage, via des points de pression ou d’acuponcture, est un formidable canal pour rééquilibrer les énergies plus profondes. Ceux qui ont déjà fait l’expérience d’une bonne séance de réflexologie savent qu’il ne s’agit pas d’un simple massage de pieds comme celui qu’on nous fait après une pédicure dans un nail bar. La première fois que j’en ai pris conscience, c’était il y a dix ans avec Gwen Libouban, réflexologue installée à Cancale dont je vous parle régulièrement et qui travaille à La Ferme du Vent avec la famille Roellinger. Même choc lorsque j’ai rencontré la thérapeute Junnon Merigoux qui est capable de faire un reset de l’énergie corporelle en tapotant sur des zones dont elle semble connaître les codes secrets.


Melanie Herring, photo trouvée sur son site


Dans le domaine du soin du visage, on commence à sortir du strict nettoyage de peau et du rituel anti-âge avec application de mille masques et gommages qui n’ont parfois aucune utilité. Bien sûr, on peut avoir besoin d’un nettoyage profond et efficace (dans ce cas, je vous recommande à Paris, Sylvie Puig chez Jane de Busset, un soin nettoyant chez Joëlle Ciocco si vous en avez les moyens ou une visite chez un très bon dermato qui accepte d’extraire les comédons). On peut également être en quête d’un traitement spécifique (anti-tâche, peeling, laser, injections) pour répondre à un besoin (je ne suis pas une experte dans ce domaine mais vous pouvez consulter le blog de la journaliste spécialisée Linh Pham, Le Journal de Mon Corps). Chez Melanie Herring, on ne joue pas dans cette catégorie. La peau, cette enveloppe qui a la même origine embryologique que le système nerveux et le cerveau, est une cartographie des émotions et de nos héritages. Elle renseigne pour ceux qui savent la lire autant qu’un électro-encéphalogramme. Ici, comme chez Hervé Herau à Paris (ou pendant un soin énergétique très particulier que j’ai déjà testé chez Joëlle Ciocco entre ses mains), la peau n’est qu’un prétexte pour entrer en contact avec ce qui se niche en dessous.



Photographie Lili Barbery-Coulon


En sortant du métro Graham Avenue dans ce quartier moins branché et plus résidentiel que Williamsburg, je me demandais ce que Melanie Herring allait « me faire ». Arrivée devant l’immeuble modeste où elle a installé sa salle de soin, j’étais un peu nerveuse. Il faut dire que j’ai testé tellement de machins frapadingues ces quinze dernières années que je m’attendais un peu à rencontrer le Professeur Trelawney devant une boule de cristal et des infusions d’herbes chamaniques. C’est une charmante jeune femme qui m’a ouvert la porte, en body et « mum jeans » taille haute, ses cheveux blonds attachés en arrière laissant tout l’éclat de son visage nu irradier. J’ai enlevé mes chaussures comme on le fait au Japon et je suis entrée dans un petit salon qui m’a immédiatement séduite. La décoration n’a rien à voir avec celle de mon appartement mais sans savoir pourquoi, je me suis sentie chez moi. A l’abri. En confiance. Protégée.


Photographie Lili Barbery-Coulon. Les préparations in situ de Melanie Herring


Melanie a préparé du thé et nous nous sommes installées dans son canapé pour discuter. J’avais un carnet de notes pour la questionner sur son parcours, comme je le fais à chaque rencontre. Je relis ce cahier au moment où je vous écris. Il est gribouillé de phrases qui me concernent. Je venais pour comprendre ce qu’elle faisait et comment elle en était arrivée là. C’est finalement sur mon chemin que j’ai appris. Je devais rester une heure. Je suis restée trois heures. Je n’ai aucun souvenir de la durée. J’ai surtout eu la sensation que le temps s’était arrêté. Un peu comme lorsque Keanu Reeves va voir l’Oracle dans Matrix. Je ne peux pas partager avec vous ce que nous avons échangé ni ce qu’elle m’a dit. C’est trop intime. Mais ce que je peux raconter c’est que rien de ce qu’elle m’a dit ne m’a fait du mal ou du chagrin. Je suis sortie de cet appartement, profondément régénérée, pleine de confiance en moi et en la vie, prête à mettre encore plus de sens dans ce que je fais.


Photographie Lili Barbery-Coulon. Je n’ai pas pu m’empêcher de lui dire qu’elle avait sans doute tiré la grenouille parce que je suis française :-)


Comment s’y prend-elle pour entrer en connexion avec cette part intime en nous ? Pas de boule de cristal, ni de potions chamaniques (en tous cas, je n’ai rien vu) mais on sent chez elle une hyper sensibilité aux vibrations ambiantes. Elle ne s’assoit pas dans le canapé. Elle s’installe en lotus, étire sa colonne vertébrale vers le ciel et ferme régulièrement les yeux comme si elle recevait des images imperceptibles. Elle questionne évidemment sa clientèle sur ce qui les a mené chez elle : un problème de peau, un manque d’énergie, une quête particulière… Je lui ai tout de suite dit que je n’étais pas là pour mon visage, n’ayant pas de problèmes particuliers avec mon épiderme dont je prends grand soin grâce à des gènes cléments, ainsi qu’à tous les produits que je reçois gratuitement et à la multitude de protocoles qu’on m’invite à tester. Bien sûr, je n’étais pas contre l’idée d’avoir un peu plus d’éclat après un vol long courrier et un jet lag de 6h mais j’avais surtout envie qu’elle mette ses pouvoirs au service d’une demande plus personnelle. Ce jour-là, j’étais toujours contrariée par un mail que j’avais reçu deux jours plus tôt. Rien de grave : j’avais demandé au créateur d’une marque que j’aime beaucoup si je pouvais l’interviewer pour faire un sujet sur lui sur mon blog. Et cette personne que je connais mal, mais avec qui j’ai toujours nourri des rapports cordiaux voire amicaux, m’a répondu non, argumentant que je n’avais « jamais saisi l’importance de ce qu’il faisait » et que nous n’avions jamais réussi à « établir une connexion au niveau esthétique », me souhaitant « bon vent et belle étoile » en guise de salutations définitives. Vous savez, ce genre de mails qui fait l’effet d’une gifle ? Ce qui m’intéressait, ce n’était pas de savoir pourquoi il m’avait répondu avec autant de violence (un simple « je n’ai pas le temps » aurait suffit) sachant parfaitement que j’avais toujours respecté et aimé la marque qu’il a créée. Mais pourquoi est-ce que je recevais ce message comme un coup de poing dans le ventre, comme une injustice ? Et pourquoi est-ce que cela me contrariait autant ? Quand on fait beaucoup de méditation ou de yoga (dans mon cas le kundalini) on finit par observer avec beaucoup de distance ses émotions, sans jugement. Je voulais détricoter la trame de cette sensation désagréable. On tire un peu le fil, et bam, on tombe sur une scène antérieure. On tire la pelote et on s’aperçoit que l’émotion désagréable ne fait que réanimer une émotion plus ancienne. Une émotion primaire. Crue. Toujours saignante. Je suis donc arrivée chez Melanie avec une vision assez précise du schéma dans lequel je me sentais enfermée (et dont j’essaie de me libérer depuis longtemps) : mon hyper sensibilité au regard de l’autre, ma capacité à me sentir coupable lorsqu’on me fait un reproche même lorsqu’il est illégitime, ma peur panique d’être rejetée. J’ai posé ça sur la table basse du salon de Melanie Herring comme si j’enlevais mon alliance et mes boucles d’oreilles avant un massage : « Je dis ça, je dis rien, mais si vous pouviez faire un truc pour que je me libère de ce nœud là, je vous en serais extrêmement reconnaissante » ☺.



Une autre photo envoyée par Melanie Herring


Melanie Herring a sorti des Medecine Cards qu’elle avait tirées à mon sujet avant de me rencontrer. Elle avait fait une méditation en se concentrant sur ce qu’elle percevait déjà de moi à travers nos quelques échanges par email. (Vous avez tout à fait le droit de penser que tout ça est du folklore d’attrape-nigaud, que j’étais conditionnée par mes attentes et que je n’ai entendu que ce que je voulais entendre… Je comprends ce scepticisme et je ne cherche à convaincre personne, ceci est un récit, pas un prêche). Elle a posé une carte avec une grenouille, une autre avec une fourmi sur le canapé. Elle a lu les textes qui correspondaient à ces deux animaux totem. C’était ahurissant car ils étaient exactement le reflet de la contrariété dans laquelle j’étais arrivée et aussi le reflet du caractère besogneux et acharné que j’investis dans chacune de mes journées. J’ai des copains qui répondraient : "On trouve toujours quelque chose qui résonne en nous dans un horoscope, même chez des signes astrologiques qui ne nous concernent pas. Tu as donné du sens à ces cartes, ce ne sont pas les textes qui te correspondaient." Peut-être. Elle m’a demandé quelle était, à mon avis, ma mission sur cette planète et même dans l’univers (une question que pose souvent Junnon à ses patients, leur demandant de réfléchir à la raison pour laquelle ils sont nés). Le genre d’interrogation qui peut déclencher des torrents de larmes lorsqu’on n’a aucune idée de la réponse. Pour tenter d’y répondre, il faut se visualiser sans filtre. Pur. Un peu comme si on retirait toutes les écorces d’un arbre pour arriver à son centre, à sa sève créatrice. On peut, pour y arriver, remonter jusqu’à l’enfant qu’on était. Puis s’imaginer en fœtus dans le ventre de sa mère. Et aller plus loin encore. Remonter jusqu’avant notre propre conception. Jusqu’à l’idée de notre âme véritable. C’est un exercice difficile et il met à mal tout raisonnement scientifique. De toutes façons, il me semble que ce qui compte ici n’est pas de savoir si ce qu’on va répondre est vrai ou faux. C’est forcément vrai puisque c’est ce qu’on ressent au plus profond de soi au moment présent. Le plus difficile est de défaire les projections de l’entourage (celles des parents d’abord, de l’école, des amis, des amants ou du monde du travail par la suite) du ressenti authentique.


Photographie Lili Barbery-Coulon. Un bouquet remarqué lors de mon déjeuner chez Concord Hill en sortant de mon rendez-vous avec Melanie Herring


On n’a donc pas vraiment parlé de rides ou d’hyperpigmentation avec Melanie ☺. Pendant cette première partie du « soin », elle s’est arrêtée à plusieurs reprises pour partager avec moi des visions que lui inspiraient mes réponses. Enfin, je me suis allongée sur la table de massage, elle a mis un bandana sur ma tête pour me protéger les cheveux des huiles et des onguents qu’elle avait préparés. Et je l’ai laissée faire. La musique était parfaite, mélangeant des mantras que je connaissais avec des mélodies plus modernes et toujours douces. Je n’étais pas étonnée d’apprendre que Melanie connaît bien le yoga kundalini. C’est elle qui m’a suggéré d’aller chez Woom Center tester un cours. Elle a nettoyé mon visage, appliqué un masque (je crois, à l’argile mais je n’en suis pas certaine), les senteurs qui me parvenaient me plaisaient. Les textures aussi. Puis elle s’est mise à masser ma peau avec une main sûre et pleine de talent. J’ai du m’endormir quelques minutes. A plusieurs reprises, pendant le soin, j’ai entrouvert les yeux et j’ai aperçu Melanie archi concentrée, les yeux fermés, se laissant guider par son intuition. Elle m’a rappelée Hervé Herau en pleine action.


Photographie Lili Barbery-Coulon. Le restaurant Concord Hill où j’ai écouté seule la meilleure bande son de ma vie en mangeant une salade toute fraîche


Après le soin, elle a demandé si je souhaitais savoir ce qu’elle avait « reçu » en me massant. Les images qui lui étaient parvenues. Evidemment, j’ai répondu oui. Elle m’a décrit une vision très nette et ce qui m’a le plus émue c’est qu’une autre thérapeute – un genre de médium masseuse, mais je ne suis pas du tout spécialiste, je n’ai jamais consulté de voyante et j’ai tendance à fuir tout ce qui s’en rapproche, ayant peur de tomber sur des charlatans ou des personnes toxiques – m’a un jour dit exactement la même chose avec les mêmes détails. Je ne vous révélerai pas ce qu’elle m’a confiée. En tous cas, j’ai quitté Melanie Herring avec un sourire intérieur puissant et communicatif. La certitude, qu’au fond, tout ira bien, no matter what.


Photographie Lili Barbery-Coulon. Le salon de coiffure Salon 87, découvert au hasard en sortant de chez Melanie Herring


Quant à ma peau, elle était sublime lorsque je suis partie, bien hydratée et nourrie. Mais franchement, ce n’est pas ce que je compte retenir de cette expérience (bien que Melanie Herring m’a parlé du travail fantastique qu’elle fait avec des personnes qui souffrent d’acné, de rosacée, d’eczéma ou de psoriasis et qui ont vraiment besoin d’une aide concrète et quantifiable). J’étais affamée en sortant, je suis allée déjeuner, sur les conseils de Melanie, chez Concord Hill, un petit restaurant à deux minutes de son cabinet. La bande son était dingue : on aurait dit une mixed tape de toutes mes chansons cultes, toutes époques confondues. Il était presque 15h, j’avais loupé deux rendez-vous dans Manhattan, j’étais seule dans le restaurant, souriant à la vie et à ma salade de kale (It’s Brooklyn baby ;-). Juste après, je suis allée en face dans un petit salon de coiffure sur lequel je suis tombée par hasard. Je n’avais pas envie de garder le cheveu huileux pour rejoindre le quartier de Nolita où j’avais rendez-vous plus tard. Le hasard m’a conduit dans un salon tenu par des japonaises adorables et hyper branchées qui venaient juste d’avoir une annulation et qui pouvaient donc s’occuper de moi dans la seconde : Salon 87. Avec du wifi et des produits Bumble and Bumble. Parfois, tout paraît simple et évident… Si vous cherchez un espace pour télé-travailler en sortant de chez Melanie Herring et boire un bon café dans ce quartier, vous pouvez aussi vous poser chez Charter Coffee House, un peu plus haut sur Graham Avenue.


Et vous, vous avez déjà rencontré des thérapeutes comme Melanie ? Etes-vous passé du scepticisme le plus cadenassé à l’acceptation de l’inexplicable ?


Melanie Herring, $150 le « facial » qui comme vous l’aurez compris est bien plus qu’un soin du visage, tout ce qu’utilise Melanie est naturel et bio (on est à Brooklyn, à l’épicentre du mouvement hipster), Tel : +1 347 464 8648, Email : hi@melanieherring.com