Les Soins Aesop sur Rendez-Vous

28/01/2017


Si vous avez un compte Instagram et que vous vous intéressez à la beauté, vous en avez probablement déjà entendu parler. Préparez-vous, ce n’est que le début d’une déferlante médiatique : la cabine de soins Aesop qui a officiellement ouvert ses portes jeudi 27 janvier 2017 va coloniser tous les papiers des mensuels féminins du mois prochain. Et probablement l’intégralité de la blogosphère dans les semaines à venir. D’autant que ce lieu d’une beauté ahurissante est éphémère et qu’il fermera à la fin du printemps.


Photographie Lili Barbery-Coulon. L’entrée


Lorsque j’ai reçu l’invitation à découvrir cet espace imaginé par Aesop en collaboration avec Paulin Paulin Paulin, le studio familial qui « diffuse, valorise et préserve les œuvres du designer Pierre Paulin  », je me doutais que ça allait me plaire. Jusqu’à présent la jolie marque australienne créée par Dennis Paphitis en 1987 ne m’a encore jamais déçue. Jamais. L’attachée de presse m’avait prévenue qu’il fallait enlever ses chaussures avant d’entrer. Cette lubie japonisante avait déjà suffit à éveiller mon attention. Cependant, je ne m’attendais pas à être subjuguée à ce point. La porte bleue s’est ouverte sur un nuage d’encens. J’ai retiré mes souliers sur une plaque de métal glacée et j’ai ensuite posé le pied sur une moquette épaisse, aussi moelleuse qu’une génoise alvéolée.


Photographie Lili Barbery-Coulon, le bureau à l’entrée


Cette sensation réconfortante de la plante du pied qui s’enfonce dans un sol accueillant est décliné sur chaque centimètre carré de cet ancien bureau. Avant de percevoir les objets et les meubles, le regard est happé par un monochrome camel. Beiges doux, nuances de peaux nues, blonds cendrés, pantones de lin et de chanvre. On entre dans une petite pièce où est installé un bureau qui fait office de sas de décompression avec l’extérieur. Après avoir retiré son manteau, on passe dans un salon où Laura, l’experte de la peau nous reçoit pour une consultation. Sur la table en verre sont posés des fruits secs, du chocolat et une théière remplie de lapsang souchong. Difficile de remplir le questionnaire sans être distraite par la beauté des meubles autour de soi. J’avais envie de m’allonger sur ce canapé aux courbes si sensuelles, bouquiner les rétrospectives de Paulin posées sur les étagères, sniffer tous les produits de beauté… Bref, je me serais bien installée dans cet appartement pour de bon.



Photographies Lili Barbery-Coulon. L’entrée et le salon en dessous


Laura questionne les habitudes cutanées, les réactions et les besoins de ce tissu corporel si particulier. Comme je rentrais de la montagne (je vous en parle lundi) et que j’avais exposé ma peau au soleil et au vent alpin qui fait l’effet d’une gifle surgelée, elle m’a proposé d’opter pour le rituel hydratant « ravitaillement de la peau » qui étanche la soif des épidermes desséchés. Elle m’a conduit vers le vestiaire – sublime lui aussi – et je me suis installée sur la table de massage gigantesque. Je dois dire que je n’en avais encore jamais testé d’aussi grande. Un détail supplémentaire : le linge de lit en lin, impeccable, qui m’a rappelé mon propre lit. Rien n’a été laissé au hasard niveau tactile. Partout où les mains se promènent, du canapé Osaka (édité par La Cividina) aux fauteuils Little Globe (édités par Artifort) à la couverture sur le lit, on ressent une extrême douceur un peu comme une main bienveillante posée sur l’épaule.


Photographie Lili Barbery-Coulon, le canapé Osaka


Le soin commence par un nettoyage rigoureux et un gommage doux pour remettre la peau à neuf. Ayant une peau réactive, je n’avais qu’une crainte : me taper une bonne grosse allergie qui serait venue rayer cette mélodie résolument parfaite. Laura m’a rassurée. Je l’ai entendue mélanger ses poudres et ses huiles dans des petites coupes en porcelaine dans son laboratoire caché derrière la table de massage. Entre chaque application, des serviettes chaudes imbibées de lotions aux ingrédients naturels libèrent la peau des dernières toxines. Puis vient le massage des mains, des avant bras, du cou et du décolleté. Ne venez pas avec les cheveux propres : ils seront probablement huileux en sortant. Peu importe, ce serait dommage de se priver du massage crânien orgasmique. Le dernier masque à l’argile appliqué au pinceau sur la peau est démentiel. Laura passe son pinceau dans un mouvement circulaire en forme de huit. J’y ai vu une invitation à croire en l’infini et à me connecter à l’univers, mais comme c’est mon délire du moment, j’imagine que ceux qui auront la chance d’aller tester cette cabine de soins interpréteront cette chorégraphie en 8 d’une autre manière.



Photographie Lili Barbery-Coulon, la table où se déroule la consultation


Evidemment, l’illustration sonore a aussi été minutieusement pensée. Pas de sons de cascades en pleine forêt amazonienne, ni de voix monacales genre Era – au secours – mais une bande son de voix aussi duveteuses que le canapé. Du jazz de qualité, un peu de bossanova, Leonard Cohen par ci par là. On ressort complètement relaxé, la peau lumineuse (ceux qui ont suivi mon instastory ont pu évalué la luminosité de mon teint – et le gras de mes cheveux ☺ - après le soin) et le cerveau assoupli par toute cette beauté.



Photographie Lili Barbery-Coulon, quand on entre dans la dernière salle, voici ce qu’on aperçoit de la cabine de massage


Je suis convaincue que l’esthétisme de ce lieu agit autant sur la peau que les onguents préparés par la thérapeute. La plupart du temps, les instituts de beauté sont laids. Soit ils sont chichiteux, overdosés en objets ésotériques et autre laine polaire. Soit ils sont aussi insipides qu’un bouillon sans sel servi à l’hôpital. Bien sûr il y a quelques exceptions mais je suis toujours surprise qu’il n’y ait pas plus de croisement entre design intérieur et bien-être. C’est un vaste thème de discussion sur lequel j’ai d’ailleurs échangé, dimanche dernier, au salon Maison et Objet, avec le designer Tom Dixon qui lance une collection de savons et de liquides vaisselles pour la cuisine et la salle de bain (si cette conférence vous intéresse, vous pouvez aller voir la vidéo qui est en ligne juste ici). J’ai eu la chance de rencontrer Benjamin Paulin – le fils de Pierre - sa femme Alice, et sa mère Maia Paulin avec l’architecte Jean-Philippe Bonnefoi qui dirige tous les projets de design pour la marque Aesop en Europe (combien de marques de beauté emploient un architecte intégré dans leurs équipes ?). Je les ai questionnés sur la construction de cette cabine éphémère et je me suis dit que les fans d’architecture et de design seraient probablement heureux que je partage cette conversation. La voici :



Photographies Lili Barbery-Coulon, la pièce où se déroulent les soins


Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Benjamin Paulin : On habite dans le 9e et lorsque la boutique Aesop de la rue Condorcet a ouvert (NDLR : souvenez-vous j’avais organisé un événement là-bas) on a été surpris de découvrir un fauteuil Pierre Paulin vintage, édité dans un bois de rose très doux. C’était un choix surprenant et ça nous a beaucoup touché. Parallèlement, on cherchait une marque de soins pour équiper La Bergerie des Cévennes, une maison que nous ouvrons aux amateurs d’architecture et de design. On voulait construire une expérience, on aimait beaucoup les newsletters d’Aesop, leur manière confidentielle de communiquer. Des amis en commun nous ont permis de nous rapprocher. Puis Maia Paulin et Dennis Paphitis, le fondateur d’Aesop, se sont rencontrés.
Comment avez-vous travaillé à la métamorphose de ce lieu qui était jusqu’alors un bureau ?
Jean-Philippe Bonnefoi : On a balayé plein d’idées. On ne voulait pas présenter Paulin comme un designer muséifié mais donner une dimension vivante à son mobilier édité depuis 1959.
Benjamin Paulin : Oui, j’étais très heureux qu’on ne montre pas uniquement du vintage mais qu’on fasse éditer des modèles spécialement pour cet espace.
Jean-Philippe Bonnefoi : On n’était pas dans un calcul. Au départ, on pensait juste refaire le sol et puis on s’est tellement bien entendu (NDLR : il désigne de la main Jeanne Casimir, qui travaille chez Aesop, Alice et Benjamin Paulin, autour de la table) que chacun a ajouté une proposition. Le fait que rien ne soit planifié nous a offert une grande liberté. On ne sait d’ailleurs pas ce que deviendra ce lieu. Peut-être qu’il redeviendra un bureau.
J’espère surtout que son existence va se prolonger. Comment avez vous choisi ces couleurs ?
Jean-Philippe Bonnefoi : Les couleurs mais aussi les matières qui agissent sur les couleurs. Dennis Paphitis a validé chacune de nos propositions. Cette palette de tons de peaux mais aussi de couleurs d’argile et de terres blondies par le soleil fonctionnent avec la sensualité des matières.
Alice Paulin : L’idée du monochrome est chère à Pierre Paulin. Dans les Cévennes aussi, un monochrome rose un peu plus cendré est décliné.
Benjamin Paulin : On réduit souvent le travail de mon père aux années 1960 et à des couleurs pop. Ce n’était pas son choix mais celui des éditeurs qui ont mis en avant les pièces qu’ils jugeaient les plus commerciales.
Pouvez-vous m’expliquer comment vous avez créé ce grand paravent placé devant les fenêtres ?
Jean-Philippe Bonnefoi  : On voulait obstruer la vue. La façade de l’immeuble a été rénovée dans les années 1990. On souhaitait mettre le regard à distance de cette rénovation un peu brutale. L’idée nous est venu d’utiliser de la cire plutôt que du papier. Un matériau qu’on pourrait faire fondre et mouler en forme de rectangle. Nous avons commandé des cierges, on a fait des essais et puis pour trouver la bonne teinte on a laissé la mèche brûler sur la cire. Ca nous a permis d’obtenir une légère noirceur. Ce mélange un peu particulier a ensuite été ajouté à de la paraffine pure.
La fabrique de cire a du vous prendre pour des fous ?
Jean-Philippe Bonnefoi
 : (sourire) On a trouvé une ciergerie dans le sud de la France qui a accepté de travailler sur ce projet et a fabriqué 270 plaques identiques.
Vous pensez que ce lieu aurait plu à votre père ?
Benjamin Paulin : Cette collaboration entre nos deux maisons s’est tissée dans le respect et avec beaucoup de logique. Je pense que le résultat correspond bien à ses références.




Photographies Lili Barbery-Coulon. La salle de soins et le vestiaire que j’adore juste en dessous, c’est si fondu qu’on dirait une illustration aquarellée...


Les Soins sur Rendez-Vous d’Aesop, 205 rue Saint Honoré, Paris 1er, Tel : +33 1 40 20 96 14, aesop205@aesop.com, 150€ le protocole de 60 minutes (il y a six rituels différents et Laura vous aidera à trouver celui qui correspond le mieux aux besoins de votre peau). Allez-y, c’est magique, et pas seulement pour la peau. Ca fait du bien de se dire qu’il y a des maniaques qui n’ont qu’une envie : rendre le monde plus beau. 



Personal note to Dennis Paphitis : Sorry. I had to try this couch as if it was mine :-) Look how comfortable it made me feel !