The Class by Taryn Toomey

24/02/2017


J’ai entendu parler de Taryn Toomey il y a plusieurs mois sur Internet. Toutes mes copines journalistes new-yorkaises m’avaient dit à l’époque que le cours de sport développé par cette ancienne prof de yoga méritait le détour. Malheureusement, lors de mon dernier séjour à New York, j’étais tellement occupée que je n’ai pas réussi à prendre le temps de tester. Convaincue par mon amie Alison Beckner (co-fondatrice du super site Inside Out dont je vous ai déjà parlé ici), j’ai décidé cette fois de m’inscrire à une session de ce « work-out » intense baptisé The Class. Et c’est probablement l’une des expériences les plus jouissives que j’ai vécues la semaine dernière…



Photographies Lili Barbery-Coulon


Jeudi dernier, à 17h30, je me suis rendue dans le sud de Manhattan pour découvrir l’une des deux salles qui déclinent cette discipline. J’étais super intimidée en arrivant dans les vestiaires, entourée de mannequins et de filles athlétiques en train d’enfiler leur tenue de sport. Installée au troisième étage d’un immeuble gigantesque, la salle n’est pas immense mais elle est aussi joliment décorée que s’il s’agissait d’un spa. N’ayant pas le droit de photographier des participantes sans leur autorisation, je n’ai pas pu faire d’images car il y en avait toujours une dans mon champ de vision. Imaginez un espace aux couleurs douces, des beiges tendres, du gris apaisant, quelques bijoux en pierres semi précieuses à vendre, une salle de bain en marbre et une sélection de produits de beauté alternatifs, à l’instar des marques Sun Potion et Moon Juice que l’on trouve dans tous les endroits branchés de Manhattan.



Photographies Lili Barbery-Coulon (en haut le display de produits en vente chez The Class, en bas, moi après le cours, défaite)


A gauche du hall d’entrée, dans la salle de gym éclairée à la bougie, Taryn Toomey entièrement moulée d’un académique perlé saluait déjà les habituées allongées sur leurs tapis comme on le fait avant une séance de yoga. Je ne savais pas du tout à quoi m’attendre. Je me doutais que ça allait être intense. Je n’avais aucune idée de l’état extatique dans lequel cette heure allait me propulser. Un micro accroché derrière l’oreille, son téléphone portable à la main, Taryn scrutait la playlist qu’elle s’apprêtait à passer pour accompagner chaque mouvement. Elle a lancé une symphonie de musique classique et toutes les élèves encore en train de se changer se sont installées sur leur tapis face au miroir. Imaginez une trentaine de jeunes femmes collées les unes contre les autres, prêtes à en découvre avec leurs blocages physiques et émotionnelles.


 


 


Le cours commence par une série de respirations qui permettent de déconnecter le cerveau et de le laisser focaliser sur le flot de l’air traversant le corps. Rien à voir pourtant avec un cours de yoga. On sent l’inspiration lointaine mais Taryn n’a qu’une intension : délester le corps de tout ce qui l’empêche et lui mettre le feu. Très vite, la musique change brusquement et le rythme évolue avec Oye Como Va de Carlos Santana. Taryn nous demande de fermer les yeux et de se laisser guider par le son. On se met à danser, à secouer ses membres, tout en étant guider par sa voix aussi cassée que celle de Bonnie Tyler. Son discours participe autant à la transe que le rythme cardiovasculaire qui s’intensifie. Je ne sais pas si vous vous souvenez du personnage joué par Tom Cruise dans le sublime film Magnolia ? Un genre de coach magnétique qui veut booster la virilité des hommes en leur parlant de la puissance de leur pénis. Taryn Toomey a le même charisme décliné au féminin. Du girl power à l’état brut. Elle dit Fuck toutes les trente secondes et n’hésite pas à hurler sur ses élèves qu’elles ont tout pour réussir et qu’elles peuvent faire ce qu’elles veulent dans la vie. Sa volonté de nous faire aller plus loin est militaire. Son discours booste la détermination : « Unpack your mind, unpack your body », « Yes, you can », « Get this shit out of your body », « feel the heat you’ve created, it’s all yours » « Yes you deserve this  ». Les mouvements s’accélèrent, on enchaine des jumping jacks avec de courtes pauses, puis on reprend avec une longue série de burpees qu’on doit accompagner d’un petit cri à chaque fois qu’on saute. Les gémissements d’abord discrets évoluent de manière tribale. Le corps exulte, on croit qu’il ne va pas tenir, on pense qu’il va s’écrouler, et pourtant, il résiste. Taryn maitrise la salle comme une show girl. Elle nous embarque avec elle. C’est si éprouvant physiquement qu’il n’y a pas d’espace pour une distance qui permettrait de laisser le cerveau formuler « mais qu’est ce que je fous là à gueuler avec des inconnues au troisième étage d’un immeuble new-yorkais ?  ». La transe a pris le dessus.


 


 


Les musiques changent d’un mouvement à l’autre, on passe des pompes à la station debout les bras tirés vers le ciel. Pour maintenir l’intensité cardiovasculaire, Taryn entrecoupe l’ensemble des exercices de pauses allongées. Au bout de trente minutes, je transpirais tellement que la sueur me piquait les yeux. Mes mains sur le tapis glissaient, mes cheveux étaient trempés mais pas le temps de m’apitoyer, il fallait déjà se caler sur un autre challenge physique. Le son monte encore en puissance, si bien qu’on n’entend plus sa propre voix. C’est alors que Taryn invite son audience à hurler. Si on m’avait dit que j’allais m’autoriser à crier ainsi, je n’y aurais pas cru. J’ai gueulé avec toutes mes tripes. On avait toutes les yeux fermés, on venait de se dépasser comme jamais, on ne s’entendait pas… quel pied de pouvoir crier intensément ! A quels moments de la vie adulte a-t-on l’occasion de hurler sans culpabilité ? A un concert, sans doute. Ou devant une épreuve sportive. Mais c’est rare. Crier à trente dans une salle fermée, c’est cathartique. J’ai eu l’impression que je laissais dans cette salle tout ce qui m’avait contrariée les semaines précédentes. Le pied total !


 


 


Le cours se termine par une série de mouvements avec les bras, comme si on déployait nos ailes. Ca m’a rappelé certaines kryia en yoga kundalini. D’ailleurs, après le cours, je suis allée voir Taryn pour le lui dire et elle n’a pas semblé surprise. Enfin, elle invite les élèves à « verrouiller » cette sensation euphorisante à l’intérieur du corps avec un ralentissement du rythme cardiaque et des étirements au sol, histoire de reprendre contact avec la terre. Je suis ressortie complètement « droguée » par mes propres endorphines. Je ne marchais plus, je flottais sur le bitume new-yorkais (enfin mes muscles étaient quand même assez fébriles après tous ces squats, du coup j’avais plutôt une démarche d’astronaute qui vient de retrouver la gravité : j’étais ridicule !).


 


 


J’ai adoré The Class. C’est bien simple, je suis déprimée à l’idée que ça n’existe pas en France et qu’il va falloir attendre des mois, peut-être des années avant que je fasse à nouveau l’expérience de cette pratique. Si des profs de danse, de yoga ou de fitness me lisent : dépêchez vous de décliner cette méthode à la sauce Frenchy. On a bien besoin de cette énergie nous aussi. Et soignez la musique comme le discours, ils sont essentiels à la jouissance ressentie pendant le cours. Quant à mes lectrices qui vivent à New York : je vous envie ! Courez tester The Class, vous n’allez pas le regretter.


 


 


The Class by Taryn Toomey, $35 le cours d’une heure, tarifs dégressifs avec l’achat de carnets de cours, les inscriptions se font en ligne, c’est très pratique, on n’a pas besoin d’être abonné pour s’y rendre, comme partout ailleurs à NYC (ça aussi, c’est une bonne idée à dupliquer). Tribeca, 22 Park Place, 3rd Floor, New York City ou Flatiron : Bandier (Studio B), 164 5th Avenue, 3rd Floor, New York City. The Class existe aussi à Los Angeles et à Vancouver au Canada. Lucky you if you live there !