Spa de La Mer au Baccarat Hotel

30/07/2015


Samedi dernier, alors que je devais repartir à Paris le soir même, mon avion a été retardé d’une dizaine d’heures. D’abord agacée, je me suis vite calmée en me rappelant que les choses arrivent toujours pour une bonne raison et que ce contre temps m’offrait une soirée supplémentaire à New York. L’occasion aussi d’aller tester le nouvel institut dont toutes mes copines journalistes américaines me parlent : le Spa La Mer à l’hôtel Baccarat, tout juste inauguré au printemps en face du MoMA.


Ce jour-là, j’avais passé ma journée à sillonner les rues de New York, j’avais les bras chargés de cadeaux en tout genre, dont une poupée terrifiante pour ma fille, issue de chez American Girl Place. Je suis donc arrivée au Spa, épuisée, les pieds noircis par la ville et un peu honteuse de mon allure négligée dans un endroit aussi chic. La piscine de l’hôtel qu’on aperçoit juste avant l’entrée de l’institut La Mer est une splendeur. Elle fait face à une salle de fitness où des sosies de Ralph Lauren font des exercices guidés par un coach ultra musclé. Une fois entrée dans le spa, on m’a demandé de remplir un formulaire détaillé sur mon état de santé. C’est la norme dans les endroits de qualité aux Etats Unis, d’abord pour mieux connaître la clientèle mais aussi pour se protéger contre toute attaque potentielle d’une folle dingue fraichement injectée qui ne sait pas qu’on ne doit pas se faire masser le visage juste après s’être fait gonfler les pommettes.


Photographie Ma Récréation


Après une douche rapide dans les vestiaires résolument parfaits (ultra confortables et remplis de produits de beauté), mon masseur me conduit vers ma cabine. Pour être tout à fait honnête, je ne m’attendais à rien. Les spas d’hôtels, j’en ai testé des tonnes (phrase de connasse, pardon) et c’est rarement là où l’on trouve les meilleurs praticiens. D’autant qu’à l’hôtel Baccarat, le soin star est le « facial » (prononcez feïshiaule) de La Mer, 90 minutes de réanimation cutanée à l’aide de la fameuse crème qui coûte un œil et deux bras. J’avais tort sur toute la ligne. Mais c’est comme lorsqu’on va au cinéma : découvrir un chef d’œuvre lorsqu’on s’attend à un navet ne rend l’expérience que meilleure.


Je vous préviens ce post va être long. Je ne me résous pas à vous livrer cette expérience en deux secondes. Fermez les yeux (pour lire, j’admets, il y a mieux), je vous embarque avec Edwin, mon masseur. Alors que je me glisse sous les draps plus doux que de la soie de la table de massage, Edwin, un brun aux cheveux longs attachés, habillé d’un uniforme blanc impeccable, me détaille son CV. 18 ans de pratique derrière lui, formé à toutes les techniques possibles et imaginables, expert en arts martiaux, ostéopathe, Edwin est aussi le masseur personnel d’Eva Mendes et de Donatella Versace. Je me réjouis intérieurement d’être entre d’aussi bonnes mains. Les lumières s’éteignent, le massage peut commencer.


Photographie Ma Récréation


Première surprise : les premières pressions sont assez douces. J’ai l’impression qu’Edwin écoute mes tissus comme s’il avait un stéthoscope sous chaque paume de main. Il respire lentement et je me cale instinctivement sur sa respiration. Il met plus de pression à certains endroits. Pas pour guérir, mais visiblement pour entrer en contact. Ce diagnostique dure quelques minutes et il a l’air si concentré que je me mets à mon tour à me concentrer sur chacun de ses gestes. Oubliée la liste de choses à rendre avant les vacances. Disparues les inquiétudes et les pensées en tout genre. Je suis tellement présente à moi même que je suis, sans m’en rendre compte, en état de pleine conscience. Est-ce que ce sont les heures de pratique sur Headspace qui me mettent dans cet état ? Ou bien Edwin qui n’est visiblement pas en train de penser à sa liste de courses pendant qu’il me masse ?


Le massage se poursuit. Les pressions changent, le dos se dénoue, je sens mon ventre qui réagit. Je visualise tout ce qu’il fait à l’intérieur de mon corps (euh rien de sexuel, ma phrase pourrait prêter à confusion !). Vous allez me prendre pour une folle : je vois, en fermant les yeux, mon foie et ma rate baignés de lumière comme réparés. Je vois mon cœur robuste qui bat avec force. Je vois une énergie vive qui circule de mes orteils jusqu’à mon cerveau. Mon corps a lâché toute résistance. Edwin fait claquer le bas de mon dos, sans que je ne ressente la moindre douleur. Je sors de mon état méditatif un instant et je lui parle des images qui me sont venues pendant la première partie du massage. Il me répond alors qu’il est lui aussi en état de pleine conscience. Il ne chasse pas ses pensées mais essaie de ne se concentrer que sur ce que lui disent mes tissus. Dès qu’une pensée arrive, il la laisse passer et se reconnecte à sa propre respiration et à la mienne. Ce que j’ai visualisé, il l’a vu également. Je sais, ça paraît dingue. Comme si on s’était mis sur la même longueur d’onde, au sens propre.


Photographie Ma Récréation


Je n’avais jamais expérimenté un massage pareil. Je suis ressortie en lévitation. Réalignée. Légère. Débarrassée de la moindre tension. Et heureuse d’avoir réussi à atteindre ce niveau de concentration. Je me rends compte désormais qu’il faut être deux pour qu’un massage soit bénéfique. Si le thérapeute est en train de penser à autre chose, qu’il appuie mécaniquement sur le corps ou qu’il ne se tient pas à l’écoute des messages envoyés sous la peau, il y a peu de chance que le soin ait la moindre utilité. Si le patient passe sa séance à réfléchir à sa to-do list, qu’il s’endort profondément, il risque aussi de se priver des bénéfices de la pleine conscience. Evidemment, si le masseur est nul, on aura beau se concentrer sur nos sensations, le massage restera nul. Je comprends pourquoi Eva Mendes fait confiance à Edwin. C’est un thérapeute rare…


$200 le massage d’1h, $300 le massage d’1h30, 225 à $350 le Facial La Mer (il y en a plusieurs). Un œil et deux bras, je vous avais prévenus ! Spa de La Mer à l’Hôtel Baccarat, 28 West 53rd Street (entre la 5e et la 6e avenue), New York, Tel : + 1 212 790 8910