Lisa Eldridge

8/07/2016


Dans la série « je fais des interviews et je ne vous les livre que trois mille ans plus tard » - souvenez-vous des circonstances autour de la publication de mon portrait du parfumeur Jean-Claude Ellena – je viens de pulvériser mon propre record. Il y a près de cinq ans, je quittais Vogue pour de nouvelles aventures. Je me souviens de cette période comme d’une phase transitoire un peu étrange. J’étais à la fois excitée par la multitude des sujets qu’on me proposait brusquement et complètement flippée par la perte de mes repères habituels (j’ai déjà parlé des changements dans mon précédent post, même lorsqu’ils sont positifs et pleinement choisis, ils ont tendance à me chambouler). C’était la fin du mois d’octobre 2011. J’étais à Londres pour photographier le laboratoire de Lyn Harris, encore propriétaire de la marque Miller Harris qu’elle a revendue depuis pour se consacrer à Perfumer H. J’avais quelques heures devant moi et j’ai décidé sur un coup de tête de tenter ma chance en contactant la maquilleuse Lisa Eldridge dont vous connaissez probablement les vidéos. L’email que je lui ai adressé ressemblait à une bouteille à la mer et la probabilité pour qu’elle me réponde était absolument infime. Quelques minutes plus tard, je recevais un appel « Hi, it’s Lisa, I’ll be at Liberty later on, do you want us to meet there ? ». La vie nous fait parfois des cadeaux merveilleux.


Une heure après, je retrouvais celle dont les tutos m’ont plus appris sur le maquillage que quinze années d’immersion dans l’industrie cosmétique. Elle était en train de parler mascara avec une vendeuse de Liberty qui lui expliquait comment utiliser une toute nouvelle brosse. Lisa Eldridge est l’une des femmes les plus passionnées de make-up que j’ai rencontrées. Elle connaît toutes les formules, passe sa vie à tester de nouveaux pinceaux, de nouvelles textures, achète des tonnes de produits dès qu’elle est en voyage (sa vidéo sur ses trouvailles en Corée illustre l’ampleur de sa monomaniaquerie). Elle ne se lasse jamais du sujet et collectionne les poudriers et les rouges à lèvres vintage. Elle a même dédié un livre entier à l’histoire du maquillage : Face Paint, The Story of Make Up. Mais surtout elle est d’une générosité inouïe. Le milieu cosmétique l’a prise pour une folle lorsqu’elle a décidé de publier son premier tutoriel. Ce jour-là, elle ne ressemblait à rien, elle avait des boutons et a décidé de se montrer telle qu’elle était, sans filtre (juste avec une bonne lumière qui distingue ses vidéos des youtubeuses lambda). Elle s’est maquillée en live, offrant toutes ses astuces de camouflage intelligent aux internautes. Très vite repérée par les plus grandes marques de maquillage, elle signe un contrat avec Lancôme en janvier 2015 et est désormais en charge de la création de leurs collections. Parallèlement, elle continue à produire des vidéos pour sa chaine Youtube (dans lesquelles elle parle librement de tous les produits, même ceux qui ne sont pas signés Lancôme) tout en s’occupant des célébrités qui lui font confiance depuis toujours, à l’instar de Kate Winslet.


On s’est installé dans le salon de thé de Liberty et on a passé une heure à parler pigments, formules, trucs de pros et changements de vie professionnelle. Elle m’a semblé si spontanée, si simple. Je lui ai demandé de me livrer ses dix commandements beauté. J’ai tout noté dans un joli cahier en tissu imprimé. Que j’ai égaré (been there, done it, I know)... Et que j’ai miraculeusement retrouvé au moment de notre emménagement. Mais comment introduire des réponses qui datent de 2011 ? En vous disant la vérité. En outre, je crois que ces conseils sont absolument intemporels et qu’ils seront toujours bons dans cinquante ans. J’espère qu’ils vous plairont. Please forgive me Lisa for publishing your 10 beauty commandments five years late… Better late than never ?


1.Apprenez à connaître votre visage. Donnez lui rendez-vous dans la lumière du jour. Les maquilleurs professionnels voient les détails de chaque morphologie parce qu’ils regardent vraiment le visage. Apprenez à connaître les zones où votre peau est belle, celles où elle paraît plus foncée, celles où elle est rouge. C’est seulement après avoir fait cet exercice que vous saurez ce que vous devez camoufler. Et croyez-moi, il n’est jamais nécessaire de tout cacher !


2. N’essayez pas de reproduire, trait pour trait, un look que vous avez repéré. Ca me déprime quand j’entends des femmes qui rêvent d’avoir le look d’une célébrité. C’est formidable de se sentir inspiré par une image, un défilé… Mais il faut d’abord trouver son propre style et voir ce qui fonctionne pour soi même. Ensuite, on peut adapter à notre manière un look qui nous plait.


3. Mettez régulièrement votre trousse de maquillage à jour. C’est vraiment dommage de ne pas essayer de nouvelles couleurs ou de nouvelles textures. D’autant que les progrès en la matière sont constants. Vous serez probablement surpris(es) en découvrant la légèreté des fonds de teint actuels ou le glissant d’une ombre à paupière comparé à votre vieux fard qui traine dans le tiroir de votre salle de bain depuis des années.


4. Suivez les tendances sans en être esclave. Une fois qu’on se connaît bien et qu’on a trouvé son propre style, cela ne signifie pas qu’on doit rester figé dans une époque. Si une tendance émerge – celle des lèvres très sombres ou de l’eyeliner graphique – apprenez à vous l’approprier. Au lieu d’un aplat de turquoise sur toute la paupière, ce sera peut-être juste un trait de couleur sous les yeux. Il y a toujours une manière d’actualiser son look sans perdre sa personnalité


5. Amusez-vous ! On peut toujours se démaquiller donc tentez de nouvelles couleurs. C’est beaucoup plus engageant de changer de look vestimentaire que de style de maquillage. 


6. Apprenez quels produits vous embellissent en 2 minutes. J’appelle ça « a good quick face ». Pour certaines, c’est un peu d’anticerne et de blush, pour d’autres c’est du mascara avec un trait de crayon noir, pour d’autres c’est du fond de teint avec un enlumineur. En deux minutes et un minimum de produits, on est ainsi capable de se redonner de l’énergie.


7. Pour camoufler, utilisez une toute petite quantité au bon endroit ! Le camouflage est l’un des trucs les plus difficiles qu’on soit make-up artiste ou non. Des maquilleuses comme Laura Mercier ou Bobbi Brown ont beaucoup œuvré à améliorer le camouflage en créant des produits ou des techniques qui permettent de cacher les imperfections. Il faut aborder le camouflage comme s’il s’agissait d’un logiciel photoshop. Inutile de tout recouvrir de fond de teint ou de concealer. Armez-vous d’un pinceau très fin et ciblez uniquement les boutons ou les rougeurs visibles. Et surtout estompez les contours afin qu’ils deviennent invisibles. C’est un peu comme si on restaurait un tableau ancien. Il faut trouver la bonne couleur, du vert pour neutraliser les rouges, du jaune pour les zones qui tirent vers le violet… Il vous faudra peut être cinq teintes légèrement différentes pour réussir à trouver l’équilibre. Le plus important est de garder la main légère : plus on en met, plus ça se voit.


8. Investissez dans les bons pinceaux. Vous n’avez pas besoin d’une tonne de pinceaux. Il vous en faut sept. Mais de bonne qualité. Un pour la poudre, un pour le blush, un pour appliquer du concealer en toute petite quantité, deux pour les yeux et un pour les lèvres. Si vous aimez appliquer le fond de teint au pinceau, il vous faudra aussi un pinceau pour le teint. Ces pinceaux vont vous servir très longtemps d’où l’intérêt de mettre le prix. 


9. Ne poudrez pas votre visage en entier ! Il y a des zones comme les joues par exemple qui n’ont pas besoin d’être matifiées. Gardez la poudre pour la zone T.


10. Faites confiance aux textures liquides ou crémeuses. Certaines pensent qu’un blush doit absolument être en poudre. D’autres croient que les meilleures ombres à paupières sont uniquement sous forme de fards compacts. Sortez de votre zone de confort et essayez les pigments en version liquide. Ca crée beaucoup de transparence et surtout cela permet de jouer avec la lumière sans risquer la surcharge de matière.